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Qu'est-ce que le devoir ?
Nous avons le devoir de respecter la vie d'autrui. qu'est-ce que ça signifie ?
L'origine du devoir
Quand nous obéissons à quoi que
que ce soit que nous n'assumons pas pleinement, voire même dont nous ne
reconnaissons pas le bien-fondé, nous ne parlons pas de devoir, mais de
contrainte. Il peut être certes dans maintes situations plus prudent de se
soumettre, mais cela ne constitue aucunement un devoir. Le devoir est, quant à
lui, une manifestation de notre intériorité, de notre conscience. Mais si le
"lieu" du devoir est la conscience, cela n'implique pas nécessairement que
celle-ci en soit le producteur. L'origine du devoir peut être placé en des
sources diverses : dieu, la raison, la nature, la société, l'histoire,
l'idéologie... On peut aussi combiner ces origines possibles, dire par exemple
que dieu en est la source par l'intermédiaire de la raison. Deux grandes
tendances s'opposent. Si l'on veut faire du devoir une sorte d'obligation
masquée, relative, car liée à telle ou telle situation, on cherchera l'origine
plutôt du côté de l'histoire ou de la société. Pour lui donner une légitimité
absolue, on cherchera à le lier à un inconditionnel absolu : dieu, la raison. Deux sortes d'impératifs
On appelle « impératif » toute décision de la volonté prenant la forme d'une obligation, constituant donc quelque chose que l'on doit faire. Mais il y a deux sortes d'impératifs. Certains sont liés à une fin particulière, et n'ont de valeur que par rapport à cette fin (si tu veux rester en bonne santé, tu dois éviter de fumer). Cette première sorte s'appelle impératif hypothétique, puisque l'impératif (tu dois éviter de fumer) ne se justifie que dans le cadre d'une certaine hypothèse (si tu veux rester en bonne santé). Il ne s'agit pas alors de morale, mais de ce Kant appelle de la prudence. D'autres impératifs sont inconditionnels, ce qui signifie qu'ils ne dépendent pas de telle ou telle hypothèse, mais sont une exigence absolue de la liberté. On parle alors d'impératif catégorique. Quand "Tu ne tueras pas" est justifié par "si tu ne veux pas aller en prison", il s'agit d'un simple précepte de prudence, donc d'un impératif hypothétique. Si par contre il se justifie par le respect inconditionnel de la vie d'autrui, il ne dépend alors d'aucun "si", c'est un impératif catégorique. Quand la conduite est simplement justifiée par la prudence, il ne s'agit pas de liberté, on n'est pas alors dans l'ordre de la moralité. Bien que tous les usages soient possibles, on réserve plutôt le terme de devoir pour ce qui relève d'un impératif catégorique, autrement dit pour ce que l'on doit faire, quelle que soit la situation. Kant entreprend de montrer comment seule une action universalisable peut constituer un tel devoir (voir leçon sur liberté et volonté). Contrainte sociale ou exigence interne?
Il y a, selon Henri Bergson, deux
genres de devoirs qui s'imposent à nous. D'un côté le devoir social qui
correspond aux pressions exercées par le (ou les !) groupe(s) dans lequel nous
vivons, et dont le but essentiel est de fonder les conditions nécessaires à la
survie du groupe, à commencer par l'assurance de sa cohésion. Ce devoir est
assez rigide, est lié à l'endroit et à l'époque, et a un caractère
"infra-rationnel", c'est-à-dire qu'il ne s'embarrasse pas trop de justifications
rationnels : " Il y a une morale statique, qui existe en fait, à un moment
donné, dans une société donnée; elle s'est fixée dans les mœurs, les idées, les
institutions; son caractère obligatoire se ramène, en dernière analyse, à
l'exigence, par la nature, de la vie en commun. " ( Les deux sources de la morale et de la religion).
Agir par devoir ou par amour ?
On parle curieusement de « devoir conjugal » pour désigner les rapports sexuels entre époux. On pourrait penser que les dits rapports ne prennent leur plein sens et leur pleine valeur que s'il s'agit de rapports amoureux. Mais s'il s'agit de rapports amoureux, ils sont faits par amour et non par devoir. Autrement dit, là où il y a amour, il est inutile et incongru de se réclamer d'un devoir. Si j'aime mon prochain, je n'ai pas besoin d'une règle, ni d'un principe, pour le secourir en cas de besoin. Ainsi, pour Augustin, le règne de l'amour rend le devoir inutile. Il obtient les mêmes résultats plus efficacement et avec plus de facilité, puisqu'il ne comporte aucun sentiment de sacrifice. Le concept chrétien de charité se fonde ainsi sur l'amour, et non sur le devoir. Seule la charité permet de distinguer la valeur des actions humaines : "Tant vaut la charité ! Remarquez-le, elle seule établit une différence entre les actions humaines ; elle seule les distingue les unes des autres." La simple apparence de bonté est notamment insuffisante pour fonder quoique ce soit : celui qui omet de réprimander un enfant quand nécessaire se fait à bon compte une réputation de bonté, car son action (ou plutôt son inaction) est néfaste pour la bonne éducation de l'enfant. " Beaucoup peuvent se faire, qui aient les apparence de la bonté et qui, néanmoins, ne soient pas le fruit de la charité. " Par contre, la charité, fondée sur l'amour du prochain, est suffisante pour assurer le bien. Nulle besoin d'autre règle : " Aime, et fais ce que tu voudras. " ( Traité sur la première Epitre de Jean aux Parthes ). Devoir, intérêt, motif
L'utilitarisme, avec Jeremy Bentham,
conteste l'idée d'un quelconque devoir inconditionné. Ce qui fonde nos règles de
vie, c'est la recherche de l'utilité et du plaisir. Ce qu'on appelle devoir
n'est rien d'autre que la mise en forme des moyens appropriés pour nous assurer
la vie la plus agréable possible. Il est vain qu'un devoir tente d'imposer à un
homme ce qu'il est de son intérêt de ne pas faire, et réciproquement, " on
peut affirmer positivement qu'à moins de démontrer que telle action ou telle
ligne de conduite est dans l'intérêt d'un homme, ce serait peine perdue que
d'essayer de lui prouver que cette action, cette ligne de conduite sont dans son devoir. " ( Déontologie). Tout droit est envers d'un devoir
En revendiquant un droit, on revendique un interdit pour les autres comme pour soi-même, on revendique donc un devoir. La notion de droits de l'homme est bien connue et honorée (du moins théoriquement), il est alors curieux que le devoir, qui en est l'autre face, ait moins bonne réputation. L'utilisation intempestive de la notion de droit finit par faire oublier que le droit repose sur l'interdit (la liberté reposant par exemple, entre autres, sur l'interdit de l'assassinat). D'une certaine manière, le droit n'est que la conséquence du devoir : si nul ne considérait de son devoir de respecter la personne d'autrui, le droit au respect de la personne ne serait qu'un slogan creux. On tend donc à oublier qu'il serait nécessaire de parler des devoirs de l'homme. Il y a bien eu en 1795 une déclaration des devoirs, incluse dans la constitution du 5 fructidor an III, mais comme elle émanait d'un régime peu recommandable, le Directoire, et qu'elle comportait quelques niaiseries, elle tend à être tombé dans l'oubli. Cependant l'idée en elle-même était tout à fait justifiée. Car il est vain de parler de droits sans se référer aux devoirs concomitants, tout droit n'étant jamais que l'envers d'un devoir. Au nom du principe d'égalité, si j'ai un droit, "(...) c'est que les autres l'ont aussi. Donc, le reconnaissant à tous mes concitoyens, je m'engage à le respecter envers eux comme eux envers moi (...)" (Jean-François Revel, Les devoirs aux oubliettes). Cette idée est souvent mal acceptée, et une sorte de sophisme implicite tend à se généraliser dans les démocraties, selon lequel " chacun peut à l'infini étendre le champ de ses libertés sans envahir celui des libertés d'autrui. Le droit n'est que pour moi, jamais à mon détriment." (Revel). Auguste Comte insiste ainsi sur une nécessaire réhabilitation de la notion de devoir. Suggestions de lectures
* Emmanuel KANT, Fondements de la métaphysique des mœurs, première partie. Rubrique "à éviter"
* Se contenter, sans autre
justification, de déclarer inconditionnée (absolue) telle ou telle exigence, qui
ne tient peut-être la force de sa prétendue évidence que de la mode idéologique du moment. Questions de révision et d'approfondissement
Pour que ces questions soient efficaces, il ne suffit pas de les survoler en se disant "ça, je saurais y répondre", ou à l'inverse "je n'y arriverai jamais". Il faut tenter d'y répondre coûte que coûte, même pas très bien, le mieux étant devant témoin (mais si...). Car c'est très différent de faire et de croire pouvoir faire. Ça peut se jouer à charge de revanche, ou encore alternativement. * Quelle différence y a-t-il entre une contrainte et un devoir ? Pour en savoir plus
*La déclaration des droits et des devoirs de l'homme de 1795. | |
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