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Ce qui provient de nous et ce qui n'en provient pas
Il y a ce qui existe et fonctionne indépendamment de notre vouloir, par opposition à ce qui est résultat de notre seule activité, création de notre volonté et
de notre raison. Le premier cas forme ce que l'on appelle la nature, le terme étant parfois plus spécialement utilisé pour désigner l'ensemble des
phénomènes de la vie (c'est en ce sens qu'on a parfois parlé de sciences naturelles). Le second cas constitue ce que l'on appelle la culture. Par
exemple, le fait que nous respirions fait partie de notre existence naturelle. Par contre, le fait de nous vêtir est un phénomène culturel. Puisque ce qui
est naturel ne dépend pas de notre vouloir, on peut supposer que, dans des conditions identiques, il aura lieu de la même manière. Ainsi tous les hommes
(et pas seulement eux) respirent, et apparemment le font selon les mêmes lois physiologiques. Par contre les hommes s'habillent de manières très
différentes selon les sociétés, les époques, éventuellement les groupes sociaux, et certains mêmes ne s'habillent pas.
La notion de nature semble donc devoir être caractérisée par :
- son caractère primitif au premier sens où elle est chronologiquement première, le
comportement naturel précède le comportement culturel, comme on peut le voir chez l'enfant;
- son caractère primitif au second sens de plus rudimentaire, en deçà des valeurs
humaines, notamment éthiques ou
esthétiques;
- son caractère anhistorique : si
Socrate s'habillait de manière différente de nous, il n'y a pas de raison de supposer qu'il respirait différemment;
- son caractère immédiat : s'il faut beaucoup de temps pour apprendre une langue, on
sait respirer sans apprentissage;
- son caractère nécessaire et universel : tous les êtres vivants doivent se nourrir, c'est une "loi de la nature".
La culture au contraire :
- est chronologiquement postérieure,
- elle construit un monde de valeurs qui n'existent pas naturellement, valeurs
éthiques et esthétiques, recherche de la vérité, et substitue à la simple survie animale, la notion d'une existence humaine qui tend à se construire
elle-même sa propre signification;
- se caractérise par son historicité, même quand elle comporte une prétention (ou une illusion ?) d'éternité;
- elle est le résultat d'une élaboration et d'une rééléboration permanentes, elle
implique des apprentissages, conscients et inconscients;
- elle possède, même quand elle a une prétention à l'universalité, un caractère local et est donc diversifiée selon les
lieux et les époques.
Existe-t-il des comportements naturels ?
En ce qui nous concerne, cette distinction entre ce qu'il y a de naturel et ce qu'il y a de culturel dans notre manière d'être, n'est pas toujours si
simple à établir. Faut-il dire par exemple que la sexualité est quelque chose de naturel ou de culturel ? D'un côté, il est bien évident que la reproduction
est un phénomène naturel, et que la sexualité y est liée pour de nombreuses espèces vivantes. D'un autre, les comportements sexuels, monogamie ou polygamie,
modalités d'approche, frontière entre le licite et l'illicite, etc., sont évidemment culturels, comme en témoignent leur grande diversité selon les lieux, les époques,
les groupes humains. Ils le sont même dans ce qu'on pourrait croire leur fond commun naturel, comme le montre par exemple la diversité des "techniques
sexuelles", mise en évidence notamment par l'anthropologue Marcel Mauss.
On
pourrait penser que les incidences morales et sociales de la sexualité justifient amplement sa prise en charge culturelle, mais qu'il n'en est pas de
même pour des comportements plus insignifiants, comme marcher ou respirer. Mauss montre qu'il n'en est rien. Dans "Les techniques du corps",
il indique comment des comportements aussi divers que les manières de dormir, de marcher, de nager, de manger, etc., sont marqués culturellement. L'usage de
nos mains est lui-même culturel : "Autre exemple : il y a des positions de la main, au repos, convenables ou inconvenantes. Ainsi vous
pouvez deviner avec sûreté, si un enfant se tient à table les coudes au corps et, quand il ne mange pas, les mains aux genoux, que c'est un Anglais." En
fait, il ne semble pas possible de trouver en l'homme quoique ce soit de purement naturel. Par ailleurs, ce que l'on appelle concrètement "la
nature", à l'extérieur de l'homme, comme quand on parle de "parc naturel", est quelque chose de fortement encadré, voire façonné par
l'homme. Le fait que toutes les activités et comportements humains soient organisés par le langage nous l'indique déjà, mais il nous faut
prendre conscience à quel point même ce qui semblerait pour nous en deçà du langage est déjà production culturelle.
On voit
bien, notamment dans l'idée de perversion, qui présuppose qu'il y a des comportements naturels et d'autres qui ne le sont pas, qu'il existe une tendance
paradoxale en la matière. Nous avons coutume de considérer, exception faite de certaines tendances
névrotiques, que ce qui relève de nos propres habitudes culturelles est naturel, et que ce sont les autres pratiques qui ne le sont pas.
C'est un des éléments importants de la xénophobie, de
l'ethnocentrisme, de la conception de ce que peut être un "barbare", et de la
peur de l'autre en général : a tendance à être considéré comme contre-nature un comportement culturel autre. Ce qui nous indique qu'il y a, à l'usage, une sorte de
"naturalisation" de la culture. On tend à appeler naturels les comportements culturels dont on n'a plus conscience en tant que tels.
La nature comme concept culturel
Les termes de nature ou de naturel sont utilisés en référence à des conceptions assez différentes, voire opposées. En parlant de nature, on peut
aussi bien penser aux modes d'organisation subtils et élaborés de certaines espèces, par exemple d'insectes, qu'à la brutalité sauvage et sans pitié qui
a cours dans le monde animal. On y fait référence aussi bien pour justifier l'imprévisible
spontanéité que comme modèle d'un déterminisme immuable.
Outre qu'à une époque donnée, il n'y a pas nécessairement conception homogène, et que certaines conceptions peuvent être en elles-mêmes assez
contradictoires, il y a aussi manifestement une évolution dans le concept de nature, qui fait qu'on peut écrire une histoire de l'idée de nature.
Par
exemple, Descartes est bien représentatif du mouvement accompagnant la physique
moderne naissante quand il ne reconnaît "aucune différence entre les machines que font les artisans et les divers corps que la nature seule
compose". A la même époque (le début du XVIIième siècle),
Galilée affirme dans "L'essayeur" que l'univers est "écrit en langue mathématique". Dans cette conception, la nature n'est que
mécanisme, et on n'y trouve, selon l'expression de Descartes, que "figures, grandeurs et mouvements". S'il y a intention, s'il y a
finalité, elle relève d'un être
transcendant. Il y a donc division entre une nature dont l'étude incombe au physicien, et Dieu qui fait l'objet du discours du
théologien. Mais déjà à la fin de ce même siècle, quelqu'un comme Leibniz,
nie que la matière puisse se réduire à la géométrie. Un concept physique et métaphysique central de sa pensée est celui de force : "Il y a, dans
l'intimité de la matière, la force elle-même ou puissance d'action, qui fait le passage de la métaphysique à la nature; des choses matérielles aux
immatérielles". Par là, il préfigure la philosophie de la nature du XIXième siècle (appelée "Naturphilosophie"), dont un
représentant essentiel, Schelling, dira que "nous détruisons toute
idée de nature en y faisant pénétrer la finalité du dehors, à partir de l'entendement d'un Être transcendant".
La notion
même de nature peut tout simplement ne pas exister dans certaines civilisations. L'interrogation, voire même l'inquiétude, au sujet de cette
notion, est le fait de certaines cultures. Par exemple, l'interrogation sur ce que pourrait être un "état de nature" de l'homme apparaît
spécifiquement au XVIIIième siècle, c'est-à-dire au moment où l'on commence à s'interroger sur l'existence de civilisations différentes, et
sur leur éventuelle comparaison. En cherchant à concevoir un tel état, on tente de se donner les moyens de revenir en deçà de l'état social, et par là
d'en comprendre la genèse. D'une manière analogue, l'émergence d'un mouvement écologiste vers la fin du XXième siècle se fait à partir des pays
fortement industrialisés, et tente de forger un concept de nature en réaction contre la maîtrise insuffisante de ses conséquences de la part d'une
technologie qui devient envahissante, voire irresponsable.
La culture comme fait naturel
Si
l'on considère qu'en l'absence d'un instinct précis et efficace, c'est l'intelligence qui permet à l'homme ne serait-ce que de survivre, on en vient
à considérer que la capacité, grâce à l'usage de notre volonté et de notre raison, de nous construire un monde de signification humain est l'arme que
nous a fourni la nature pour nous permettre de nous tirer d'affaire. Ainsi Kant
estime-t-il que "La nature a voulu que l'homme tire entièrement de lui-même tout ce qui dépasse l'agencement mécanique de son existence animale,
et qu'il ne participe à aucune autre félicité ou perfection que celle qu'il s'est créée lui-même, indépendamment de l'instinct par sa propre raison. -
En effet la nature ne fait rien en vain, et elle n'est pas prodigue dans l'emploi des moyens pour atteindre ses buts." (Histoire d'une idée
universelle au point de vue cosmopolitique).
Mais cette
raison ne donne pas de solutions toutes faites, elle a besoin de s'essayer, de s'exercer, de s'instruire, pour avancer d'une manière continue d'un degré
d'intelligence à l'autre. Aussi un homme devrait-il jouir d'une vie illimitée pour apprendre comment il doit faire un complet usage de toutes ses dispositions
naturelles " (Kant, Id.) Un individu isolé ne saurait aller bien loin à lui seul dans l'usage de la raison. Déjà la nécessaire utilisation du
langage montre bien que si la nature nous a donné la pensée comme moyen de vivre et de nous réaliser, cette arme n'est utilisable efficacement qu'au
niveau de l'espèce. C'est ce que conclut Kant : Chez l'homme (en tant que seule créature raisonnable sur terre), les dispositions naturelles qui visent
à l'usage de sa raison n'ont pas dû recevoir leur développement complet dans l'individu mais seulement dans l'espèce." (Id.)
C'est pourquoi
le "naturalisme", par exemple celui lié au pragmatisme américain,
n'accepte pas une opposition tranchée entre nature et culture, ou du moins n'accepte pas l'idée d'une rupture radicale entre les deux. Pour des
philosophes comme John Dewey ou
George Mead, la culture n'est jamais que la
continuation des exigences de la nature sous d'autres formes. A la fois sous l'influence de
Hegel et de Darwin, ils estiment que le
progrès humain est la continuation à un autre niveau de l'évolution qui a cours dans l'histoire des espèces animales. L'esprit est alors considéré comme faisant partie de la
nature, et l'acte de l'esprit transformant la nature à travers les progrès humain n'est jamais que la continuation de la transformation de la nature par
elle-même. La culture n'est alors qu'une des dernières armes que la nature s'est donnée pour s'accomplir.
La nature n'est jamais dépassée
On peut définir l'ordre naturel comme étant le pur règne de la force. C'est le sens des propos de
Calliclès, rapportés par Platon : "Or au
contraire, il est évident, selon moi, que la justice consiste en ce que le meilleur ait plus que le moins bon et le plus fort plus que le moins fort.
Partout il en est ainsi, c'est ce que la nature enseigne, chez toutes les espèces animales, chez toutes les races humaines et dans toutes les
cités."(Gorgias). La force ne saurait cependant en aucun cas définir
un droit, d'abord parce que "Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître (...)", ensuite parce que "Céder à
la force est un acte de nécessité, non de volonté (...) ", et donc ne peut pas constituer un droit (
Rousseau, "Du contrat social). La culture tend à substituer à long terme à cet ordre naturel un ordre de coexistence
harmonisé : "Le plus grand problème pour l'espèce humaine, que la nature contraint l'homme de résoudre, est de parvenir à une société civile
qui administre universellement le droit" (Kant, "Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique").
Mais il ne
faut pas s'illusionner et s'imaginer que la culture puisse franchir un dépassement irréversible de l'état naturel. Ce n'est pas simplement qu'une
régression est toujours possible vers un état antérieur, mais l'état de nature reste nécessairement sous-jacent au développement culturel. En poussant
à l'extrême, la barbarie couve toujours sous la civilisation. En effet, les stades "dépassés" ne sont pas disparus, ce qu'exprime d'une certaine
manière le concept hégélien d'aufhebung, le troisième temps de la dialectique, le verbe allemand " aufheben" signifiant en même temps supprimer et conserver.
Des philosophes contemporains, par exemple Théodor
Adorno, Jean-François Lyotard, ou
Alain Badiou, soulignent cependant qu'on ne peut plus croire après
Auschwitz en une fin rationnelle de l'histoire, en un accomplissement culturel ultime : "Tout ce qui est réel est rationnel, tout ce qui est rationnel
est réel : "Auschwitz" réfute la doctrine spéculative. Au moins ce crime qui est réel, n'est pas rationnel" (Lyotard, "
Le post-moderne expliqué aux enfants).
Le concept d'état de nature : un outil de travail
Dans l'effort de comprendre le fondement des bases essentielles de la société, on est amené à rechercher à l'origine de l'homme les grands principes qui seront élaborés
et développés ultérieurement, et ainsi à postuler au départ l'existence d'un sentiment naturel de justice, d'un droit naturel, et notamment d'un droit naturel à
conserver ce qui nous appartient, d'une autorité naturelle, etc. Ce faisant, on commet, selon Jean-Jacques Rousseau, une grave confusion : "Enfin, tous
(...) ont transporté à l'état de nature des idées qu'ils avaient prises dans la société : ils parlaient de l'homme sauvage et ils peignaient l'homme
civil." (Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes). Il n'y a pas eu d'état de nature ayant réellement
existé "au départ". "Il n'est même pas venu dans l'esprit de la plupart des nôtres de douter que l'état de nature eût existé, tandis
qu'il est évident (...) que le premier homme (...) n'était pas lui-même dans cet état (...)" (Id).
Par le
concept d'homme à l'état de nature, Rousseau n'entend donc pas repérer un moment historique de l'évolution de l'homme. Il s'agit plutôt d'un concept
théorique destiné à rendre possible la compréhension de la genèse des faits sociaux. "J'ai montré que tous les vices qu'on impute au genre humain
ne lui sont pas naturels. J'ai dit la manière dont ils naissent; j'en ai pour ainsi dire suivi la généalogie." (Lettre à Beaumont). Il s'agit de
montrer qu'il n'existe pas de sociabilité naturelle de l'homme, et pour cela de construire, par un procédé de réduction, un modèle théorique initial de
l'homme, ne comportant que ce qui est irrémédiablement commun à tous les hommes. On appelle alors naturel ce qui est universel, et fait donc
nécessairement partie de toute existence humaine, et culturel ce par quoi les hommes se différencient, voire s'opposent, et qui est d'ordre historique.
Il n'y a pas eu de moment de l'histoire où l'homme aurait été "à l'état de nature". L'exemple des "enfants sauvages", enfants qui
ont pu exceptionnellement survivre en dehors d'une prise en charge culturelle par d'autres hommes, montre bien qu'il ne peut pas y avoir ce que nous appelons
un homme sans une telle prise en charge. Il n'existe pas de "comportement naturel" en deçà de la culture, auquel l'homme pourrait régresser, ou
même aspirer de revenir pour espérer échapper aux maux de la société. Le concept de nature est un concept méthodologique, s'inscrivant dans une
démarche hypothético-déductive (c'est-à-dire qui construit une hypothèse pour en déduire un système d'implications). "Commençons donc par
écarter tous les faits, car ils ne touchent point à la question. Il ne faut pas prendre les recherches dans lesquelles on peut entrer sur ce sujet pour des
vérités historiques, mais seulement pour des raisonnements hypothétiques et conditionnels plus propres à éclaircir la nature des choses qu'à en montrer
la véritable origine et semblables à ceux que font tous les jours nos physiciens sur la formation du monde." (Discours sur l'origine...).
Comprendre la différence
Dire qu'il est douteux qu'un état naturel ait effectivement existé historiquement n'est pas suffisant pour en déduire que le caractère social est premier
chez l'homme, et qu'il est en quelque sorte naturel. Suivant sur ce point Rousseau,
Claude Lévi-Strauss montre que cette opposition entre les concepts de nature et de culture reste
indispensable pour comprendre la situation humaine, et même qu'on ne peut pleinement saisir la spécificité du social et du culturel, qu'en le pensant
dans une opposition avec le naturel. Cette opposition n'est pas celle d'une succession chronologique, mais possède plutôt une valeur
heuristique. Elle nous permet notamment de différencier deux modes de fonctionnement et de
transmission différents. " La constance et la régularité existent, à vrai dire, aussi bien dans la nature que dans la culture. Mais, au sein de la
première, elles apparaissent précisément dans le domaine où, dans la seconde, elles se manifestent le moins et inversement." (Les structures
élémentaires de la parenté).
La transmission des régularités se fait de manière différente, de manière interne à l'individu pour le naturel, de manière externe pour le culturel : "
Dans un cas, c'est le domaine de l'hérédité biologique, dans l'autre celui de la tradition externe." (Id.) Le naturel relève du déterminisme, on y
trouve donc des comportements nécessaires et universels (la fécondation, la respiration, etc.), le culturel lui se manifeste par des règles, des normes,
précisément là où le naturel n'impose rien de précis (par exemple les moeurs sexuelles). " Partout où la règle se manifeste, nous savons
avec certitude être à l'étage de la culture. Symétriquement il est aisé de reconnaître dans l'universel le critère de la nature". (Id.) Ce qui
implique donc que, si la nature est ce qui est commun à tous les hommes, la culture est au contraire particulière à tel ou tel groupe d'homme, et même
n'existe que comme système de différences. Lévi-Strauss refuse donc l'idée d'une humanité homogène. Même s'il existe toujours une tendance à
vouloir gommer les différences irréductibles que présentent les autres cultures, et à poser la nôtre comme le modèle des cultures possibles (voire
comme la seule vraiment accomplie), il faut comprendre que la culture est profondément et nécessairement différenciation.
La prohibition de l'inceste fait problème dans cette opposition entre nature et
culture. S'il est vrai qu' elle est universelle, car aucune société n'y échappe, elle se manifeste cependant à travers une certaine relativité dans
sa définition. S'il y a partout des types de mariages prohibés, il n'en reste pas moins que ce qui est fortement prohibé dans une culture peut être accepté
ailleurs. Dépassant les explications usuelles de cet interdit, reposant soit sur une supposée aversion naturelle, soit sur la conscience des risques
consécutifs à la consanguinité, Lévi-Strauss montre que ce problème se situe à l'intersection entre le naturel et le culturel. La reproduction est
nécessité naturelle pour l'espèce, mais la nature ne détermine pas le type de partenaire autorisé ou interdit. Par contre, il y a une obligation sociale
d'échange, car toute société est fondée sur les échanges. Or l'inceste est néfaste aux échanges, il est au contraire repli d'un groupe ou d'une famille
sur soi. La prohibition de l'inceste est donc en fait une obligation sociale, celle d'échanger. "Car la prohibition de l'inceste présente sans la
moindre équivoque et indissolublement réunis les deux caractères par où nous avons reconnu les attributs contradictoires de deux ordres exclusifs; elle
constitue une règle, mais une règle qui, seule entre toutes les règles sociales, possède en même temps un caractère d'universalité." (Id.)
Suggestions de lectures
* Jean-Jacques ROUSSEAU, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes".
* Marcel MAUSS, "Les techniques du corps" in "Sociologie et anthropologie".
* Claude LEVI-STRAUSS, "Race et histoire".
Rubrique "à éviter"
* Éviter de parler de la nature comme d'un concept évident en soi,
dont le sens n'aurait pas à être précisé.
Questions de révision et d'approfondissement
Pour que ces questions soient efficaces, il ne suffit pas de les survoler en
se disant "ça, je saurais y répondre", ou à l'inverse "je n'y arriverai jamais". Il faut tenter d'y répondre coûte que coûte, même pas très bien, le mieux étant
devant témoin (mais si...). Car c'est très différent de faire et de croire pouvoir faire. Ça peut se jouer à charge de revanche, ou encore alternativement.
* Est-il toujours facile de différencier ce qui provient de nous de ce qui n'en provient pas ?
* Ne peut-on mettre en évidence, dans certains discours écologiques, une conception contradictoire de la notion de nature ?
* Tenter de dégager quelques différences caractéristiques qui permettraient de
distinguer des nationalités, des classes sociales, des classes d'âge différentes d'après leur manière de marcher. Que traduisent ces différences ?
* Trouver des exemples de comportements considérés comme normaux ou comme
inadmissibles à des époques ou dans des civilisations différentes. Les justifications données peuvent-elles tenir lieu de véritable explication ?
* Voir dans différentes législations les interdictions différentes concernant le mariage. Quelles raisons peuvent avoir ces différences ?
* Peut-on mettre en évidence des comportements purement naturels ?
* En quoi peut consister ce qu'on appelle parfois le retour à la nature ?
* Qu'est-ce qui permettrait de considérer la culture comme une continuation des exigences de la nature sous une autre forme ?
* Pourquoi ne peut-il y avoir logiquement de droit du plus fort ?
* La culture est-elle une garantie suffisante contre la brutalité naturelle ?
* Comment peut-on expliquer qu'une civilisation très poussée ait pu inventer les camps d'extermination ?
* Y a-t-il jamais eu un homme "naturel" ?
* En quoi la notion d'état de nature est-elle utile ?
* Que peut apporter l'étude du cas des "enfants sauvages" ?
* Quelle définition peut-on donner d'une perversion ?
* En quoi les notions de règles et de lois renvoient-elles respectivement à la culture et à la nature ?
* Pourquoi dire des cultures qu'elles ne sont que des systèmes de différences ?
* Pourquoi existe-t-il des cultures différentes ?
* En quoi l'opposition interne/externe éclaire-t-elle l'opposition entre naturel et culturel ?
* En quoi la question de l'inceste est-elle fondamentale dans la compréhension de l'opposition entre nature et culture ?
* L'idée d'humanité est-elle compatible avec l'existence de cultures différentes, voire antagonistes ?
Pour en savoir plus
* Edgar MORIN, "Le paradigme perdu : la nature humaine".
* Serge MOSCOVICI, "Essai sur l'histoire humaine de la nature".
* Louis MALSON, "Les enfants sauvages".
* Hannah ARENDT, "La crise de la culture"
* Claude LEVI-STRAUSS, "Les structures élémentaires de la parenté"
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