
Texte noir
Stevia rebaudiana montre une certaine
grâce fragile. Physiquement, avec une taille équivalente, elle est la
contre image de la grosse betterave sucrière de nos coopératives
agricoles. Elle a bien des charmes, à commencer par la capacité qu'elle
a de pouvoir se passer des grosses installations polluantes de sa
boueuse et vulgaire consœur. En effet, si son pouvoir sucrant est 200 fois
supérieur au sucre agricole bien de chez nous, elle sait nous le
délivrer sans façon, ses simples feuilles séchées nous donnent
tout ce que nous attendions, le tout garanti zéro calorie. Si vous
ajoutez à cela que, bien qu'originaire des forêts d'Amérique du Sud,
elle se laisse acclimater avec gentillesse par le premier jardinier
attentionné de rencontre, vous comprendrez qu'elle peut nous changer le monde en un peu plus beau.
Mais voilà, cette élégance et cette générosité sont précisément ce qui
la fait haïr par nos dispensateurs de réglementations cantonaux,
régionaux ou européens, enfin à tous ceux qui sont là pour l'ordre et
pour le fric. Mais oui, la mignonette est un enjeu politique de taille.
Inoffensive en apparence, elle dispose de tous les atouts
pour faire trembler le marché très prisé des édulcorants. Le raccourci
peut vous sembler rapide, mais réfléchissez-y, comment le petit
conseiller général rural et ump pourrait survivre, si chacun pouvait faire
son sucre, en emmerdant la coopérative agricole locale et tout le lobby
attenant ? Et où irait l'Europe des mondialisations financières, si
n'importe qui, dans son coin, pouvait apprendre à gagner un peu
d'autonomie ? Bien sûr, vous pouvez bâtir une industrie chimique sur la
douce Stevia, comme vous pouvez le faire de n'importe quoi,
puisque tout a nécessairement une composition chimique, et y aller dans
l'extraction technicienne des steviols, des stéviosides et
des rebaudiosides. C'est d'ailleurs le projet des entreprenants sérieux,
genre Coca ou Pepsi, par l'intermédiaire de leurs fournisseurs en
édulcorants, les multinationales Cargill et Merisant. Mais voilà, alors
que la betterave râpée dans le yaourt, c'est pas terrible, au contraire, la
simple feuille séchée de Stevia donne toute satisfaction. L'enjeu est là : un ordre financier et donc
politique peut s'interposer entre la betterave et nous, sans moyen
facile de le court-circuiter. Stevia, elle, n'a pas besoin d'hôtel de passe.
L'agriculture, la finance et la politique ont horreur, et sans doute ont
une peur près de la panique, à l'idée que nous pourrions avoir un
rapport personnel, immédiat, incontrôlé, aux possibilités multiples du
réel. A une époque où le sexuel semble un peu plus difficile à contrôler
(un peu plus, ne nous leurrons pas ...), il devient urgent de s'occuper
de ce que nous fumons, de ce que nous buvons, de ce que nous mangeons,
de ce que nous cultivons. Il faut donc brider la Stevia, entre autres,
comme nous le verrons plus loin. Ce qui reste de société occidentale
préfère, quand il le peut, faire le despotisme en douceur. Nous
n'interdirons donc pas frontalement la Stevia. Nous l'autoriserons par
exemple comme plante décorative (cherchez donc la Maison du Stevia sur
le web...). On en trouve en douce dans les magasins bio,
éventuellement au rayon cosmétique (que n'y trouve-t-on ?) Mais comme
produit alimentaire, non, c'est illégal. D'abord, consommée ailleurs
depuis des millénaires, on n'est pas sûr en Europe qu'elle ne soit pas
contraceptive voire cancérigène, inquiétude que ne suscitent évidemment
ni l'aspartame, ni les pesticides et produits appelés par ironie
"phytosanitaires", utilisés couramment dans notre brave agriculture.
Quand on veut noyer son chien, ... La Direction générale de la consommation, de la concurrence et de la
répression des fraudes. qui est à la consommation et à la fraude ce que
l'INSEE est au chômage et à l'indice des prix, s'en inquiète, sur la
base du principe que pour utiliser une plante en Europe, il faut qu’au
moins un des pays de l’Union la consomme. On ne sait jamais, tout
racisme génétiquement modifié mis à part, nous pourrions avoir un gêne
de réceptivité des édulcorants plus fragile que celui des Amérindiens.
Ne nous inquiétons cependant pas outre mesure : nous autres, amoureux illicites de la belle Stevia ne faisons
certes pas le poids, mais les gros maquereaux nous emporteront la bataille,
sauf qu'évidemment ce sera la leur. Coca a sous le coude un Sprite green et de nouveaux jus
Odwalla, et Pepsi trois saveurs d’eau aromatisée et un jus d’orange
à 50 % de calories en moins. On n'a en effet jamais vu qu'une expertise
scientifique favorable ne vienne pas dégager la route d'un gros intérêt
financier. Stevia finira donc nécessairement innocente, sauf émergence
d'un intérêt contraire plus puissant. Il ne faut cependant pas que la
petite Stevia cache la forêt de l'oppression agro-alimentaire. A quelques religions près (bien sûr, ça fait encore beaucoup),
il y a de nos jours un peu moins de réglementations pour établir la
nomenclature des voies et usages autorisés pour profiter des sensations
malsaines que peuvent nous procurer nos morceaux ce corps, par ici ou
par là. Par contre, nous laisser juges de comment profiter de la terre
dont nous sommes parties prenantes, il en est de moins en moins
question. Au contraire d'il y a quelques siècles, en plusieurs zones
terrestres de relative autonomie, vous pouvez, par exemple, pratiquer
plus ou moins à votre guise les diverses variations de la sodomie, mais
il est hors de question de faire librement commerce des choux ou tomates
qui vous plairont. Durant des millénaires, des paysans ont produit,
amélioré, sélectionné leurs semences, constituant ainsi un patrimoine
végétal et culturel inestimable, commun à toute l’humanité. Un
patrimoine commun, horreur, on frôle le collectivisme, pour ne pas
utiliser de terme plus grossier. Qu'en devient-il alors du droit sacré
d'entreprendre, compris comme le droit d'établir un droit de péage entre
nous et nos conditions de vie, comme le droit d'établir un ordre où nous
avons le totale liberté de choisir la solution A, ou la solution A, les
deux soigneusement conçues pour notre bonheur formaté ? Les techniques sont diverses : comme ça
renâcle ici et là à l'idée de laisser breveter les espèces naturelles
(dans le style far West, le premier qui met une pancarte proclamant
"ceci est à moi" devient le propriétaire légitime), on invente en
laboratoire privé de nouvelles espèces, on dépose le brevet, et on
devient propriétaire et rentier. Mais comment en contrôler la
dissémination ? Car l'ennui, avec la vie, c'est qu'elle se reproduit
sans autorisation, et éventuellement en oubliant de payer les taxes.
Mais la science et la politique sont là pour sauver l'entreprise. Côté
science, on commencera par commercialiser des hybrides qui ne sont pas
reproductibles (ils donnent autre chose qu'eux-mêmes), voire carrément
stériles : il va falloir obligatoirement à chaque fois repasser par le
marchand de graines. Puis vinrent les OGM, qui permettent, entre autres,
de réaliser un fameux double coup. On invente d'une main la chimère
manipulée, de l'autre le pesticide ou autre produit qui lui sera
indispensable, en pouvant espérer que les autres plantes n'y pourront
survivre. Côté politique, on met au point un système effarant, sorte de
permis (très sélectif) de vivre pour les espèces. Car pour être légalement commercialisée, une variété
potagère doit être inscrite sur le catalogue officiel des espèces et
variétés de légumes, et les semences anciennes ne figurent pas toutes sur ce catalogue dont
les portes sont par contre grandes ouvertes aux variétés hybrides…
Détail : le dossier d'inscription est loin d'être gratuit. Ainsi, en l'espace d'un siècle, des milliers
d'anciennes variétés ont disparu.
Quelques liens externes à visiter, sans engagement :
Recherche Stevia sur Hooseek |
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Les anciennes variétés potagères au tribunal |
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Kokopelli |
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Libérons les semences |
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