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Essais critiques et fantaisies diverses
Le journal est
dans le réel, mais le réel n'est pas dans le journal. Que tout à chacun confonde
entre le contenu et le contenant, passe. Mais que le grand penseur de tous les
temps s'y laisse prendre, voilà de quoi nous inquiéter sur la lucidité des
idoles...
"Que peut-on trouver dans un journal ? Pour aller à l’essentiel : quelques
petits schémas de pensée stéréotypés, sur les quelques domaines restreints
censés être représentatifs du réel dans l’esprit du journaliste (c’est-à-dire
dans ce lui de l’idéologie dominante, donc en dernière analyse du pouvoir
réellement en place), et l’insertion répétitive de quelques types d’anecdotes
simplifiées et falsifiées pour emplir le tableau. "
Que, dans la
mesure où je ne cherche pas à faire commerce officiel d'empoisonneur,
pratique qui a pourtant par ailleurs pignon sur rue, nul n'a le droit de
s'interposer entre moi et la plante que je cultive. Mais le pouvoir aime
tellement s'interposer entre la vie et la vie ...
"Stevia rebaudiana montre une certaine grâce fragile.
Physiquement, avec une taille équivalente, elle est la contre image de la grosse betterave sucrière de nos coopératives agricoles.
Elle a bien des charmes, à commencer par la capacité qu'elle a de pouvoir se passer des grosses installations polluantes de sa
boueuse et vulgaire consœur."
Où il est question de deux manières complémentaires, mais souvent
contradictoires, d'appréhender le monde, et de l'aporie qui en résulte quant au concept de justice.
"Et s’il semblait à
première vue un peu stupide de regarder ce qui est tel qu’il se présente de
manière immédiate, sans chercher à comprendre d’où les divers composants du
tableau résultaient, il m’apparut que cette manière aveugle de ne voir que le
visible sans son histoire, avait aussi quelque intérêt"
Petite méditation sur la différence qu'il peut y avoir entre l'étonnement
frelaté que nous entretenons volontiers et celui plus urgent que nous nous abstenons prudemment de cultiver.
"Car enfin, le
monde autour de nous regorge de choses et de créatures diverses que nous
identifions bien mal, voire pas du tout.(...) La femme qu’ils ont dans
leur lit, ou l’homme, c’est selon, ils s’imaginent certainement a contrario
l’avoir identifiée, ..."
Strictement interdit aux supporters de tous poils (tant pis s'il ne reste
pas grand monde), des préceptes moraux pour les générations qui veulent
survivre au désastre moralisateur ambiant
" Il existe un jeu
collectif fort répandu, et tout à fait passionnant d’un point de vue
anthropologique, qu’on appelle couramment, si nos souvenirs sont bons, le foot’r
ball, ou quelque chose d’approchant. (...) Il s’agit de parvenir à introduire le
plus de fois possibles, par l’utilisation quasi exclusive des pieds, de force ou
par surprise, ou les deux à la fois, le projectile rond dans le trou ad hoc de l’adversaire."
En hommage à la grand sottise du prétendu passage à l'an
2000, un petit divertissement arithmétique et romantique, interdit aux enfants,
aux âmes sensibles et aux attardés pythagoriciens.
"Pourquoi,
coupa-t-elle mes errements, veulent-ils donc que le fait, qui est d’ailleurs à
peine un fait, que le soleil ait accompli en base 10, tel ou tel nombre rond de
rotations autour du soleil, depuis la date de la naissance faussement présumée
d’un hypothétique fondateur de religion ait une quelconque signification, eu
égard à la réalité historique ?"
Trop, c'est trop, mais trop peu c'est trop peu. Combien faut-il de femmes
pour satisfaire un homme, ou d'hommes pour satisfaire une femme ? Quand
gagne-t-on trop d'argent, quand trop peu ? Quand y a-t-il trop de lois, et
quand insuffisamment ? Quelques petites pages sur l'une des difficultés
principales de notre existence, l'impossible équilibre entre le peu et le prou.
."Pour savoir ce qu’on aimait le plus, il fallait avoir goûté à ce qu’on aimait
moins, car sinon, comment l’aurait-on su ?"
Où il est question de Mary Le Tourneau et d'un jeune
adolescent, d'Héloïse et d'Abélard, ainsi que de cette compulsion morbide qui
conduit une partie des humains à vouloir réglementer les rencontres qui adviennent dans le monde en dehors d'eux.
"Une rencontre est asociale, ou n'en est pas une. Car il s'agit d'un rapport
entre deux êtres qui existent en eux-mêmes..."
Quelques vilaines pages, peu recommandées aux âmes croyantes, où il est
question de spiritualité, sur la base de quelques exemples classiques.
"Alors, ainsi, vous vous résignez à vivre dans un monde que vous n'expliquez
pas ? Ma foi, oui. D'autant qu'en réfléchissant quelque peu à ce qu'on appelle
une explication, on se dit que toute explication est non seulement nécessairement partielle, mais locale."
De l'irrésistible ascension culturelle des jeunes générations, ou des
examens comme preuve que notre belle société se dirige inéluctablement vers
un avenir radieux.
"Je comprenais enfin la beauté romantique de l'affaire: l'éducation nationale,
qui l'eût cru, c'est comme l'amour, aujourd'hui plus qu'hier, mais bien moins
que demain...;"
Où il est question de cette curieuse manie, propre à plusieurs
civilisations, de déambuler pour manifester leur mécontentement, et de la
logique de cette pratique parfois déroutante.
"Ceux qui manifestent ne s'adressent au fond qu'à eux-mêmes. Il n'y a d'ailleurs
qu'eux-mêmes qui puissent s'entendre jusqu'au bout, puis qu'ils se déplacent.
Une marche contre le sida ou contre la pédérastie est en soi aussi efficace
qu'une danse indienne contre la sécheresse. Avec tout de même un trait qui
semble plus subtil dans la danse indienne, son côté circulaire."
Un peu aride, quasi philosophique, en hommage discret et anonyme à une belle
auditrice, quelques propos introductifs sur ce que peut être une chose.
"Aussi bien, nous objectera-t-on, la chose qu'est effectivement pour nous un
peigne n'existe dans l'objet matériel, que muni de sa fonctionnalité, qui n'est
elle cependant que dans l'esprit des hommes, et donc que (...) les objets ont
une surface conceptuelle qui déborde largement leur simple présence muette."
De cette espèce curieuse qu'on appelle le philosophe, et de cette autre,
concomitante, connue sous le nom de professeur de philosophie.
« Mais Monsieur,
comment se fait-il que la philosophie commence régulièrement par une apologie du
sens du questionnement, de la recherche, de l’ouverture, et échoue si peu après
dans le sectarisme d’une doctrine quelconque qui ose croire rendre compte du
reste du monde ? »