Sommaire

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       Cela dépend de ce que l'on entend par le verbe "savoir" qui est un terme polysémique. Il peut désigner à la fois, le fait d'être conscient de quelque chose, le fait de connaître le sens de quelque chose et le fait d'en comprendre la finalité : trois niveaux d'interprétation qui modifient d'autant le sens général de la question.

Fleuron

       En premier lieu, savoir signifie "être conscient de…" Ainsi, ne pas savoir ce que l'on fait revient à ne pas être informé de ses propres actes à l'instant même où l'on agit : on appelle cela un "acte automatique". Un être humain perçoit plus ou moins clairement quatre dimensions : la longueur, la largeur, la profondeur et le temps. On divise communément le temps en "passé, présent et futur" mais la dimension temporelle n'est, en fait, principalement perceptible qu'en deux temps par tout être vivant, au niveau de la mémoire : le passé et le présent du passé (la mémoire incluant nécessairement la réminiscence d'un fait achevé), la perception du passé étant relative à la mémoire à long terme tandis que la perception du présent du passé serait relative à la mémoire à court terme. A l'opposé de l'habitude qui se doit d'être répétitive, la mémoire est immédiate : elle enregistre instantanément un fait. Mais la mémoire est également liée à la capacité de restituer des informations : comment expliquer le fait de ne pouvoir disposer de tous ses souvenirs dans la seconde ? A cause d'un mécanisme de la mémoire nommé "oubli". Pour éviter la saturation de la mémoire à court terme, à la capacité de stockage extrêmement limitée, les faits sont gardés en mémoire au niveau du long terme. La question était donc de déterminer ce que devenaient les souvenirs lorsqu'ils n'étaient pas mobilisés. Le concept d'inconscient psychanalytique a vu le jour avec les théories Freudiennes et se constitue de l'ensemble des éléments refoulés : la mémoire est donc fondamentale dans la constitution de l'inconscient. Freud et Adler proposèrent deux explications différentes du mécanisme de l'oubli. Selon Freud, il résultait de la nécessité de cohabitation de désirs et d'interdits contradictoires du sujet (refoulement) alors que selon Adler, il résultait de la nécessité de s'affirmer en compensant son infériorité. Mais tous deux s'accordaient sur le fait que le sujet pouvait ne pas savoir ce qu'il faisait car des "actes automatiques" pouvaient n'être que des manifestations de son inconscient. En effet, selon Freud, afin de compenser ses désirs refoulés, le sujet devait les extérioriser : par le rêve, "voie royale de l'inconscient", ou par diverses actions involontaires, actes manqués, lapsus, oubli momentané, névroses ou mot d'esprit possédant en plus du sens littéral donné par le sujet conscient, un sens caché permettant à son inconscient d'exprimer l'interdit. Par exemple : un élève cherche un exemple pour une dissertation de philosophie mais n'est toujours pas parvenu à en trouver un au bout de deux heures. Pourquoi ? On peut classer cela comme un oubli momentané. Mais peut-être n'est-ce que le résultat inconscient de deux désirs contradictoires : le désir de bien faire sa dissertation de philosophie et celui de l'achever au plus vite ? Pourtant, si l'on interroge l'élève pour lui demander quelle est selon lui l'origine de ce trou de mémoire, il va répondre qu'il n'en sait rien. Ou bien, un homme va demander à son ami "qu'est-ce qu'un dogmatique ?" Et devant le silence de ce dernier, il finit par ajouter : "c'est un antiseptique". De la part de cet homme, il s'agit d'un simple jeu de mots, mais peut-être est-ce une conséquence indirecte de son histoire personnelle ? Donc, à cause du refoulement dans l'inconscient, on peut ne pas savoir ce que l'on fait.
       Ensuite, savoir signifie "connaître le sens de quelque chose". Or, le sens d'une action est subjectif. Il peut varier en fonction de l'idiosyncrasie (âge, caractère, etc.) d'un individu. Ainsi, ne pas connaître le sens de quelque chose (ne pas savoir ce que l'on fait), c'est donner une interprétation hors norme à une action, c'est-à-dire, hors des règles admises par une société. Par exemple, dans une bibliothèque, un enfant qui a faim mange une feuille de papier qu'il colorie au feutre vert. Immédiatement, une dame arrive et le gronde avec des termes qu'il ne comprend pas : "ouvrage de grande valeur !", "épuisé dans le commerce !", "un grand écrivain du 19ème siècle !", "le feutre, c'est toxique !". La conclusion qui s'impose à cette dame : ce gosse ne sait pas ce qu'il fait. Mais du point de vue de ce dernier, son acte avait un sens : manger quelque chose à la menthe et expérimenter le goût du papier, puisque cet enfant n'avait certainement aucune notion du commerce ou de la littérature. Donc, le sens d'un acte dépend du référentiel, du sujet qui l'interprète. Ainsi, du point de vue d'un autre sujet, on peut ne pas savoir ce que l'on fait parce que nos actes peuvent avoir une signification différente de notre point de vue que du sien. Deuxième cas : la folie. Un garçon tue ses parents sous le commandement d'un son qu'il décrit comme venant de l'intérieur de son esprit. Pour lui éviter la prison, son avocat plaide la folie, ce qui reviendrait à reconnaître qu'il n'était pas responsable de ses actes au moment des faits : qu'il ne savait pas ce qu'il faisait. Selon l'opinion générale, un acte édicté sous l'emprise de la folie est un "acte gratuit" : n'ayant aucune justification rationnelle, il entraîne la non responsabilité de son auteur. Ainsi, selon la législation, un fou ne peut pas savoir ce qu'il fait.
       Enfin, savoir signifie "comprendre la finalité de quelque chose". Ainsi, ne pas savoir ce que l'on fait revient à se trouver dans l'impossibilité de prévoir le but de son action. Premier cas : dans la perception humaine, le temps étant infiniment divisible, une infinité de possibilités s'ouvrent pour chaque action. C'est pourquoi, indirectement, il est possible que le mouvement d'une plume ait entraîné un tremblement de terre ou une guerre que la chute d'une pomme ait fait jaillir de la tête de Newton la théorie de la gravitation universelle. Mais, un être humain qui a fait bouger une plume se trouve dans l'impossibilité de suivre toutes les étapes du raisonnement jusqu'au tremblement de terre. Donc, il ne sait pas ce qu'il fait. Deuxième cas : dans la tradition religieuse des peuples, les hommes ne peuvent connaître les desseins des dieux. Par exemple, dans les livres prophétiques de l'ancien testament, Dieu demande à Jonas d'aller prévenir les habitants de Ninive : "Jonas se mit en route, mais pour fuir à Tarsis". Pourtant, malgré sa fuite sur un bateau et ses trois longues journées de prières dans les entrailles d'un poisson, Jonas finit par obtempérer et se rendit à Ninive. Dans ce cas, la volonté d'agir émane d'un être supérieur et la finalité de l'action est donc incompréhensible au mortel choisi pour l'accomplir. Ce dernier ne peut donc pas savoir ce qu'il fait parce que sa condition de mortel l'en empêche alors que, par définition, Dieu sait car Dieu est tout.
       Ainsi, on en arrive à la conclusion qu'on peut ne pas savoir ce que l'on fait pour une cause interne : la mémoire ; à cause du rapport intersubjectif : l'interprétation ; ou par une cause humaine : l'incompréhension devant la volonté d'une puissance supérieure ou devant la multiplicité des possibilités au niveau temporel.

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       Cependant, le principal reproche fait à la psychanalyse est relatif à la division, établie par Freud, de la conscience en "ça" (ensemble des désirs refoulés), "moi" (zone de conflits entre le ça et le surmoi) et "surmoi" (ensemble des interdits), alors que selon des philosophes tels que Descartes, la conscience est unité (Seule existe une métaphysique de l'âme et tout ce qui n'en fait pas partie s'explique de manière physiologique.): la conséquence directe à cela étant que la conscience connaît ce qu'elle refoule car pour refouler quelque chose, elle doit nécessairement en détenir une représentation. Donc, par exemple, si je fais un jeu de mots, j'en connais toujours la raison profonde. Et en ce qui concerne le rêve, ne résulte-t-il pas simplement d'éléments de notre histoire personnelle dont nous avons eu conscience à un moment ou à un autre ? Mais selon Sartre, "toute conscience n'est pas connaissance", elle n'en demeure pas moins conscience car la logique des passions, s'explique par la formule de Husserl : "toute conscience est intentionnalité". Si je ressens une émotion, elle s'exprime toujours vis-à-vis de quelque chose. Par exemple, si j'ai peur, si j'aime ou si je regarde, je vise nécessairement quelque chose qui se trouve à l'extérieur de moi. Ainsi, tout ce qui existe est en relation avec la conscience. Donc, l'inconscient n'existant pas, on peut toujours savoir ce que l'on fait vis-à-vis de soi-même ou d'un objet car au fond, ce que l'on nomme "inconscient', n'est-ce pas seulement de la mauvaise foi ? "On nomme bien inconscients ceux qui ne se posent aucune question d'eux-mêmes à eux-mêmes." [Alain] Pour Alain, "la conscience est toujours implicitement morale".
       Examinons maintenant le terme "savoir" dans le sens de connaître la signification de quelque chose (rapports intersubjectifs). Selon Sartre, puisque "l'existence précède l'essence", l'être humain est pleinement responsable de ses actes, "l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait", "il est condamné à être libre". Car c'est la notion de liberté que Sartre défend : l'homme se définissant par ses actions, on ne peut pas ne pas savoir ce que l'on fait. C'est la raison pour laquelle l'acte gratuit n'existe pas. Pour reprendre le premier exemple : si un être humain commet un crime sous le coup de la folie, non seulement il en est pleinement responsable de son acte, mais en plus, "en se choisissant, il choisit tous les hommes" [Sartre] il est donc responsable de l'humanité toute entière. De même, dans l'exemple de l'enfant à la bibliothèque, l'enfant était conscient de ce qu'il faisait : quand on l'a grondé, il n'en comprenait pas forcément la raison, mais il comprenait que ce qu'il avait fait n'était pas un comportement socialement admis. Donc, il savait ce qu'il faisait. Dans un rapport intersubjectif, on ne connaît pas forcément le sens qu'attribue autrui à nos actions mais on connaît toujours le sens qu'on y attribue soi-même. Ainsi, on peut toujours savoir ce que l'on fait.
       Enfin, dans la troisième partie, nous avions vu que le temps était infiniment divisible. Mais bien qu'un être humain puisse se retrouver dans l'impossibilité de suivre les étapes d'un raisonnement infini, tout est logique et tout se suit. Si l'on fait quelque chose, notre action pourra, certes, en entraîner une infinité d'autres, mais cela n'empêchera pas la nécessité de liens logiques entre l'action de base et les diverses possibilités qu'elle aura entraînées. Prenons un exemple : un individu A sort de chez lui, il marche jusqu'au bout de la rue, traverse le passage piétons à droite et croise un individu B ; de l'autre côté, un individu B est dans un bus, le bus démarre, roule jusqu'à l'arrêt de but et s'arrête deux minutes, l'individu B en descend, fait quelques pas vers la droite et croise l'individu A. Question : ces deux individus, qui ne se connaissaient pas, savaient-ils qu'ils allaient se croiser ? Puisqu'ils ne se connaissent pas, on répondrait tout naturellement non. Sauf que, l'individu A a choisi de sortir de chez lui, il a choisi d'aller jusqu'au bout de la rue au lieu de retrousser chemin et de traverser le passage au lieu de traverser hors du passage. Ainsi, indirectement, il a choisi par un enchaînement d'actions de croiser l'individu B. On peut appliquer un raisonnement similaire pour B. Donc, ces individus ne savaient peut-être pas directement qu'ils allaient se croiser, mais indirectement, ils le savaient et, dans tous les cas, ils savaient ce qu'ils faisaient. Pourquoi affirmer qu'indirectement, ils le savaient ? Prenons l'exemple de deux bons joueurs d'échecs, le joueur A ne connaît pas le joueur B, mais il connaît les règles du jeu : un très bon joueur A peut prévoir la manière dont va jouer B une dizaine de coups à l'avance, il joue un coup et peut à nouveau prévoir une dizaine de coups à l'avance. Pour les individus dans la rue, c'est pareil sauf que les règles ne sont pas les mêmes. Donc, on peut toujours savoir ce que l'on fait du moment qu'on sait bien calculer. Oui, mais "on" est humain ? Non, "on" est un pronom indéfini. "On", cela peut aussi bien être "celui qui sait tout" du moment qu'il a une conscience. Et dans le cas de la religion, on avait déduit qu'un être humain pouvait ne pas savoir ce qu'il faisait lorsque la volonté d'agir émanait d'une instance supérieure. Mais cette proposition n'est plus valable dans le cas où aucun dieu n'existe ou dans le cas où aucune Réalité absolue n'est valable. "Le Nihilisme, en tant qu'état psychologique, se manifestera en premier lieu quand nous aurons cherché dans tous les faits le "sens" qu'ils ne comportent pas." [Nietzsche] Peut-on ne pas savoir ce que l'on fait lorsqu'il n'y a pas de Réalité ? La critique de la religion inaugurée par Feuerbach "les dieux sont les vœux de l'homme réalisés" puis reprise par Marx, Freud, Nietzsche et Sartre, est fondée sur la subjectivité des valeurs en fonction des civilisations : l'homme se forge un dieu à son image. Dieu demeure donc une hypothèse et la métaphysique, une connaissance spéculative de la raison, ce qui laisse l'homme "orphelin" et responsable de ses actions.

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       Nous avons vu que s'opposaient la conception Freudienne de l'inconscient et la conception de la liberté et de la morale de Sartre ou Alain. Qu'est-ce qui prouve la légitimité de l'existence de l'inconscient ? Selon Freud, l'hypothèse de l'inconscient est légitime car : "les renseignements que fournit le conscient sont pleins de lacunes (…) incohérents et incompréhensibles si nous persistons à soutenir que le conscient suffit à nous révéler tous les actes psychiques qui se passent en nous" (certains actes peuvent sembler irrationnels si nous les interprétons sans le concept d'inconscient), "ce que nous appelons connaissance consciente doit à chaque instant se trouver à l'état de latence dans l'inconscient psychique" (la plupart des choses qui constituent ce que l'on nomme conscient font en fait partie du préconscient puisque notre condition humaine nous empêche de les avoir perpétuellement à l'esprit), "l'assimilation conventionnelle du psychisme au conscient est tout à fait impropre" (la plupart des fonctions psychiques étant, en fait, relatives à l'inconscient). Le concept d'inconscient a donc été admis comme convention parce qu'il permettait des avancées considérables dans la recherche sur le psychisme. L'expression de l'inconscient est le résultat d'un relâchement de l'attention. Par exemple, le rêve, qui permet la levée momentanée des interdits nécessite ce relâchement malgré le "travail du rêve" (élaboration, figuration, déplacement, condensation, élaboration secondaire, interprétation écran) ou d'une manière plus générale, le travail psychanalytique, fondé sur la parole du patient, nécessite de la part de ce dernier, un relâchement de son attention pour l'obtention de données intéressantes à l'analyse de sa personnalité. Donc, la base d'un travail psychanalytique (le relâchement de l'attention) peut être assimilée à la demande formulée au patient de laisser s'exprimer son inconscient, c'est-à-dire que le patient peut ne pas savoir ce qu'il fait lorsqu'il effectue une cure psychanalytique et que cette attitude est même plutôt recommandée pour la progression du diagnostic. Le travail psychanalytique ne peut être établi qu'avec la coopération du patient et ceci est reconnu par tous les psychanalystes, la preuve : ils font payer la cure par consultation et non un forfait pour la totalité du traitement, cela étant fait pour inciter le patient à "faire en sorte de ne pas savoir ce qu'il fait" le plus efficacement possible. Or, nous avons également vu que la conscience connaît ce qu'elle refoule. C'est ce que Sartre qualifie de "mauvaise foi" (le mécanisme de l'oubli est une solution de facilité), c'est un mensonge à soi-même. L'inconscient est dénoncé en tant qu'excuse facile à tout acte. "Ai-je été juste en tel arrangement ? Je le saurai si je veux y regarder ; mais j'aime bien mieux m'en rapporter à d'autres." [Alain] Cela évite d'avoir à se juger soi-même. Une des conséquences de la division du psychisme en conscient et inconscient est également le fait que seul autrui peut aider un individu à révéler son inconscient : l’individu est ainsi aliéné à autrui. Donc, on déduit de l'existence de l'inconscient le fait que l'on puisse ne pas savoir ce que l'on fait, par rapport à soi-même, mais que l'inconscient ne peut être considéré comme une excuse à tout acte. Et de plus, il est à noter que l'existence de l'inconscient n'a pas encore été prouvée dans l'absolu.
       La conscience et l'inconscient ne sont pas innés : ils s'acquièrent. L'inconscient est la conséquence, non seulement de l'opposition entre désirs et interdits contradictoires mais également de ce que l'on nomme "inconscient collectif" : les mythes et légendes entre autres. La conscience, elle, s'acquiert par rapport à des normes, on a toujours conscience de ses propre actes (on sait ce que l’on fait) en ce qui concerne le rapport à autrui ou le rapport avec des objets, mais cette conscience devient subjective dès que les actes d'un individu sont évalués par autrui. Dans les rapports intersubjectifs, un enfant est toujours conscient de ce qu'il fait par rapport à ses motivations individuelles mais doit apprendre à le devenir du point de vue des normes de la société dans laquelle il vit. L'enfant ne sait donc pas forcément ce qu'il fait parce qu'il n'en saisit pas toutes les implications, mais il peut le découvrir et l'apprendre. Ainsi, durant la durée de l'apprentissage de ces normes, la civilisation européenne a-t-elle mis en place le système de la reconnaissance de la responsabilité d'un individu par rapport à ses actes en fonction de son âge. Avant sa majorité, même s'il sait ce qu'il fait, un individu n'est pas légalement reconnu capable de savoir ce qu'il fait, c'est la raison pour laquelle ses parents sont responsables de ses actes devant la loi. Mais qu'en est-il du l'individu meurtrier reconnu comme fou ? Sait-il ce qu'il fait ou non ? Cela demeure relatif à ce que l'on appelle "norme". Car, après tout, qu'est-ce que la folie et quelles en sont les limites ?
       Par rapport à la logique ou la religion, peut-on ou non savoir ce que l'on fait ? "Si nous raisonnons a priori, n'importe quoi peut être capable de produire n'importe quoi." [Hume] Sauf que, selon Hume, notre certitude à ce sujet est seulement fondée sur l'habitude, c'est-à-dire, par la répétition inlassable de nos actions. Ainsi, logiquement, on en déduit qu'on peut savoir ce que l'on fait au moment même où l'on agit, mais qu'on ne peut pas généraliser cette hypothèse. Cette dernière étant d'ailleurs contredite par Popper, car selon lui, seule la reconnaissance excessive du principe d'induction a permis à Hume d'établir cette hypothèse. Selon Popper, "les théories ne sont donc jamais vérifiables empiriquement", on acquiert seulement "de l'expérience en apprenant grâce à nos erreurs". C'est la raison pour laquelle on ne peut jamais logiquement savoir ce que l'on fait sur la base de propositions inductives. (Il en va tout autrement de la logique déductive.) Enfin, en ce qui concerne la religion, nous avions pris l'exemple de Jonas. En définitive, Jonas savait-il ce qu'il faisait lorsqu'il est allé prévenir les habitants de Ninive ? Ou bien, pouvait-il ne pas savoir ce qu'il faisait lorsqu'il s'est enfui sur un navire ? C'est-à-dire, saisissait-il la finalité d'une action ordonnée par un dieu hypothétique ? Là encore, seule la réponse à la question "un dieu existe-t-il ?" pourrait éventuellement permettre de répondre à cette question. Mais d'un point de vue relatif, oui, Jonas pouvait ne pas savoir ce qu'il faisait… mais seulement si Dieu existe. Donc, au niveau religieux, un être humain peut ne pas savoir ce qu'il fait seulement s'il existe un être supérieur et omniscient et s'il a été choisi pour accomplir ses desseins. Mais dans le cas où "on" recouvrirait le concept d'un être qui serait "Tout", alors, celui-ci devrait nécessairement savoir ce qu'il fait.

Fleuron

       En conclusion, la question de déterminer si l'on peut ne pas savoir ce que l'on fait nous amène à deux possibilités, mais si l'on apporte une réponse, elle sera forcément insatisfaisante : soit parce qu'il est impossible de répondre de manière affirmative ou négative dans l'absolu, soit à cause de la subjectivité des concepts traités. A priori, on répondrait plutôt qu'on peut ne pas savoir ce que l'on fait (bien qu'on ne puisse le prouver dans l'absolu car les frontières entre conscient et inconscient ne sont pas clairement définies), tout en précisant que cette réponse est relativisée par le fait que l'on puisse apprendre à savoir ce que l'on fait. La question étant de déterminer jusqu'à quel point on peut ne pas savoir ce que l'on fait, jusqu'à quel point on peut se tromper soi-même.

(Garance P.)