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(Copie faite en devoir surveillé de 4 heures)

      Il semblerait que l’historien construise des théories historiques d’après des faits observés, tout comme un physicien peut émettre une loi en analysant une expérience qu’il vient de faire. De là, on peut se demander si l’historien est un homme de science et l’Histoire une science au même titre que, par exemple, la physique. Cependant, les divergences sur une même réalité ont l’air plus nombreuses au sein des historiens qu’au sein des physiciens et les versions de l’Histoire sont plus nombreuses que celles sur la diffraction de la lumière. L’Histoire semble donc moins « rigoureuse » que la physique et le travail d’historien moins objectif que celui de physicien. Dans ce cas, l’Histoire semble plus éloignée de la science. Se pose alors la question des matériaux et des outils de travail à disposition de l’historien et celle de savoir si ces matériaux et ces outils lui permettent un travail d’homme de science.

Fleuron

      Pour savoir si l’historien est un homme de science, il faut s’intéresser à son travail mais également aux matériaux de base de ce travail. Et ceux de l’historien ne vont pas sans poser problème. Les trois grands matériaux de travail de l’historien sont les témoignages, les faits historiques et les restes d’époque.
      Les témoignages posent deux sortes de problèmes. Tout d’abord, celui de la fiabilité du témoin. Même lorsque l’on est présent à un endroit, on n’a jamais conscience de la totalité de ce qui se passe autour de nous, d’abord parce qu’on ne peut pas tout voir pour des raisons physiques (on ne peut regarder qu’à un endroit à la fois) et ensuite parce qu’on ne fait pas attention à tout (certains détails nous marquent, d’autres pas). Ceci est encore plus vrai lors d’éléments traumatisants comme une bataille. Le soldat sur le front n’a conscience que de ce qui se passe autour de lui et surtout pour lui-même. Mais, inversement, le général qui qui supervise la bataille n’’ »st pas un meilleur témoin : ses ordres peuvent ne pas être exécutés et qu’il l’ignore. Il faut aussi ajouter que l’on n’est pas le meilleur témoin de sa propre histoire : une personne traumatisée par une agression risque de ne pas pouvoir raconter correctement et objectivement les faits.
      Le second problème du témoignage est celui du souvenir. Nos souvenirs sont en perpétuelle recomposition : on essaie de combler les vides laissés par l’oubli de certains détails en mélangeant deux souvenirs, on adapte le souvenir en fonction des préoccupations du moment. On peut également constater qu’avec le temps, par les souvenirs que l’on a, par exemple d’une guerre, correspondent de plus en plus aux idéologies dominantes. Les souvenirs finissent par rentrer dans des cadres prédéfinis. Donc, plus le témoignage est tardif, plus il est erroné et « classique » ?
      Le deuxième matériau de travail de l’historien sont les faits historiques. On peut citer l’exemple de Jean Norton Cru, la bataille de la Marne. La bataille de la Marne a lieu pendant plusieurs jours et dans plusieurs lieux différents. Il ne s’agit donc pas d’une seule bataille, mais de plusieurs : ce n’est pas une unité, un tout bien défini. Si l’on s’intéresse maintenant à une de ces batailles en un seul lieu et sur une journée, on est encore confronté à des hommes différents qui ont tous vécu une journée particulière. Il y a donc encore beaucoup d’événements différents. La notion de « bataille de la Marne » semble alors erronée. C’est ce qui fait le problème du fait historique : c’est une recomposition, un découpage abstrait des événements, qui, comme tout découpage, ne rend pas compte de la totalité de la réalité. La bataille de la Marne est un ensemble de combats ayant lieu dans des lieux assez proches, dans un temps défini, et qui, globalement, ont eu la même issue, ont tous contribué au même résultat. Un fait historique est donc un découpage regroupant des éléments car ils ont eu la même tendance, les mêmes acteurs, et qu’ils ont provoqué la même dynamique. Mais le fait historique reste arbitraire. Il va à l’encontre de la loi qui dit que la seule réalité est la réalité du tout (Spinoza). En nous révélant une réalité, il en dissimule forcément d’autres.
      Enfin, le troisième matériau à disposition de l’historien sont les restes, que ce soit des bâtiments, des objets, des ossements, des traces de pas, des restes de repas… Mais certains de ces restes, notamment les livres, les peintures , les objets de culte comme les reliques, peuvent poser problème, car il y a la possibilité que ce soient des faux. On peut citer le suaire de Turin, la multiplication des ossements d’un même saint et aussi les plagiats, les imitations dans la peinture, la littérature…
      Les matériaux de base du travail d’historien portent donc facilement à la controverse et ne semblent pas avoir la rigueur et l’exactitude requise par la science.

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       Il faut alors s’intéresser au travail que l’historien pratique sur ces différents matériaux.
      Pour travailler sur les restes, l’historien a à sa disposition des techniques scientifiques fiables qui sont très souvent utilisées. Ainsi, les méthodes de datation par isotopes radioactifs sont souvent employées, particulièrement le carbone quatorze en ce qui concerne l’Histoire. On peut de cette manière dater des matériaux organiques comme des ossements, des fragments de bois qui permettent d’estimer assez précisément l’âge d’une sculpture par exemple. Les historiens peuvent également avoir recours à l’analyse génétique, comme récemment pour déterminer si l’enfant mort à la prison du temple était ou non le futur Louis XII. Ils ont également à disposition les études statistiques par informatique pour, par exemple, étudier les fréquences de formes syntaxiques et de vocabulaire pour identifier l’auteur d’un écrit.
      Les historiens peuvent également utiliser la reconstitution, comme en archéologie expérimentale. Des équipes d’historien ont, par exemple, essayé de construire un mégalithe avec les techniques que l’on panse avoir été employées à l’époque de leur édification.
       Le travail sur les témoignages et les faits historiques consiste, quant à lui, en un travail d’analyse et de raisonnement. L’historien doit d’abord effectuer un travail sur le temps : il doit trouver l’échelle à laquelle l’événement qu ‘il désire étudier est visible, compréhensible et analysable. Ainsi, les grands changements de société, comme l’évolution du taux de chômage, sont visibles sur une durée de plusieurs dizaines d’années, mais pas d’un mois sur l’autre.
      L’historien doit également effectuer un travail « d’épuration » des témoignages qu’il a recueillis. Il faut démêler l’authentique du recomposé par un travail de recoupement, de comparaison avec d’autres témoignages et des documents officiels comme les archives. Mais ce travail laisse aussi une part à l’intuition de l’historien.
      Enfin, l’historien recherche des causes et des effets, ou plus exactement des corrélations entre les différents événements. On ne peut pas en effet au niveau historique déterminer qu’une cause ait un effet mais plutôt que plusieurs données, souvent nombreuses, entraînent plusieurs autres événements plus ou moins directement.
      L’historien travaille donc différemment selon les matériaux. Les restes se prêtent à un travail plus « pratique » avec des analyses et des résultats concrets et précis tandis que les témoignages sont l’objet d’un travail plus théorique basé sur une réflexion et une intuition.

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      Les matériaux et les méthodes utilisés par les historiens nous permettent-ils de dire s’ils sont ou non hommes de science ?
      On a constaté qu’ils utilisent des méthodes scientifiques avancées. Ils se doivent donc de les connaître, de les comprendre et de les maîtriser. L’historien est donc un homme de science au sens où il utilise les mêmes outils que les scientifiques.
      Grâce à la reconstitution, l’historien expérimente ses théories pour voir si elles sont ou non valables (ce qui ne signifie pas dès lors qu’elles sont justes, mais seulement qu’elles sont plausibles). Cette volonté de vérifier la théorie par l’expérience est également une démarche scientifique.
      Enfin, l’historien travaille sur des faits qui ont réellement eu lieu et qui ont été observés. Là encore, il y a nécessité de mêler expérience et raisonnement comme dans les sciences.
      Cependant, même si un historien peut essayer de construire un mégalithe avec des outils d’époque, il ne peut pas reconstituer un fait historique. L’Histoire n’est pas expérimentable. On ne pourrait pas, par exemple, pour expérimenter la montée du nazisme, mettre des gens dans les mêmes conditions qu’à l’époque, à savoir un fort taux de chômage, une crise économique, un antisémitisme latent, un désir de revanche sur le traité de Versailles …et attendre qu’un dictateur prenne le pouvoir. Les gens seraient nécessairement différents de ceux qui vivaient entre les deux guerres mondiales, donc l’expérience serait faussée. On ne peut donc pas redémontrer l’Histoire. Celle-ci n’est donc pas une science, puisque que qui fait son caractère irréfutable, c’est justement de pouvoir être remise en cause et redémontrée en arrivant toujours au même résultat.
      Un autre trait de caractère non scientifique de l’Histoire est que le travail de raisonnement et d’analyse fourni par l’historien est beaucoup plus sujet à sa subjectivité, à son interprétation, à sa sensibilité, qu’un raisonnement scientifique. L’Histoire ne peut pas être mise en équation. C’est pour cela que l’on peut arriver en toute logique à deux versions différentes pour une même réalité historique, alors qu’un raisonnement mathématique comme le théorème de Pythagore aura toujours la même issue. Ceci est dû au caractère non redémontrable de l’Histoire. Les bases comme le témoignage et le fait historique sont soumises à des recompositions, des variantes d’un témoin à l’autre, qui n’existent pas en science, puisque l’on peut réaliser la même expérience dans des conditions identiques (même si, statistiquement, il y a toujours un pourcentage d’erreur). C’est d’ailleurs dans la brèche de la subjectivité de l’Histoire que s’engouffrent des gens tels que les négationnistes. Puisque l’Histoire est soumise à l’interprétation, elle laisse le champ libre à toutes les variantes et à toutes les dérives.
      Le travail d’historien même donc science et interprétation personnelle. Cependant le caractère subjectif de ce travail semble prendre le pas sur le caractère scientifique.

Fleuron

      L’historien travaille avec trois matériaux : des restes, des témoignages, et des faits historiques. De ces trois matériaux, seuls les restes font intervenir directement des méthodes scientifiques, comme la datation. Même si le travail sur les témoignages et les faits historiques nécessite un raisonnement proche du raisonnement scientifique, il est fort soumis à la subjectivité, de la part du témoin qui recompose, et de la part de l’historien qui interprète. De plus, il manque à l’Histoire le caractère redémontrable pour pouvoir être reconsidérée sur le même rang que les sciences « pures » et « exactes ». L’Histoire laisse une grande part à l’interprétation, donc à la sensibilité de l’historien. Aussi l’historien n’est-il peut-être pas un homme de science, mais plutôt un homme d’intuition qui se sert de la science.

(Elodie C.)
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