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Rappel du texte :
Qu'est-ce qu'un mot ? La représentation
sonore d'une excitation nerveuse dans les phonèmes. Mais conclure d’une excitation nerveuse à une cause extérieure à nous, c'est déjà le résultat d'une application
fausse et injustifié du principe de raison. Comment aurions-nous le droit, si la vérité avait été seule déterminante dans la genèse du langage, et le point de vue de la
certitude dans les désignations, comment aurions-nous donc le droit de dire : la pierre est dure : comme si « dure » nous était encore connu
autrement et pas seulement dans une excitation toute subjective. Nous classons les choses selon les genres, nous désignons l’arbre comme masculin, la plante
comme féminin : quelles transpositions arbitraires ! Combien nous sommes éloignés à tire-d’aile du canon de la certitude ! Nous parlons d'un serpent : la
désignation n’atteint rien que le mouvement de torsion et pourrait donc convenir aussi au vers. Quelles délimitations arbitraires ! Quelles préférences partiales tantôt de
telle propriété d'une chose, tantôt de telle autre. Comparées entre elles, les différentes langues montrent qu'on ne parvient jamais par les mot à la vérité, ni à une
expression adéquate : sans cela il n’y aurait pas de si nombreuses langues.
Dans ce texte,
Nietzsche s’attarde sur la véritable signification d’un mot et tend ainsi à prouver que les mots ne sont qu’une désignation arbitraire qui ne
correspond en rien à l’objet réel. Cette définition entraîne une mise en question de la vérité qui ne peuvent pas être, en effet, transmise par un
langage dont l’origine est, selon lui, arbitraire et injustifié.

Dans cet extrait,
Nietzsche commence par rétablir la véritable nature d'un mot à savoir une excitation nerveuse dans les phonèmes. Comment pouvons-nous dire qu'un
phénomène physique est la transcription d'une réalité ? Et quelle est cette réalité ?
Il paraît en
effet impossible de mettre sur un même plan un objet réel et la représentation orale ou écrite que nous en faisons. Un mot est une trahison
face à la réalité. Un mot délimite un objet réel et ne respecte pas son entité. Les limites fixées par l'homme sont la marque de cette finitude. L’homme
ne peut saisir l’objet dans l'infini, il est obligé de le délimiter et ainsi de réduire et de fausser et sa nature première.
Le mot n’est
donc pas la représentation d'une réalité, mais d’un choix injustifié et arbitraire. En effet, pourquoi choisir tel ou tel mot, qui est-ce qui nous y
autorise ? L'objet réel existe, le mot est fictif et inconsistant. Le mot ne représente aucune réalité, il relève du domaine de l'irréel et de l'illusion.
Nietzsche souhaite
démontrer que le langage n’est qu'une division arbitraire du tout. Il utilise l’exemple l'expression « la pierre est dure » et il s’attache
plus particulièrement sur le terme « dure ». L'homme emploie ce terme pour désigner une réalité. Or cette réalité pourrait tout aussi bien
se nommer autrement. Mais au-delà de cette contestation première, Nietzsche pose le problème des limites. « Dure » n’existe pas seul, il fait
partie d'une entité que l'homme a choisi de diviser en divers objets. Ainsi « dure » est une réalité créée par l'homme pour définir un
objet. Mais « dure » ne peut aucunement exister de manière isolée, cette notion se rattache à un autre objet, ici la pierre, et cette pierre
n'existe pas non plus de manière isolée, elle est comprise dans un tout.
Or l'homme des
limites pour créer différents objets. Mais ces objets sont arbitrairement délimités, la multiplicité des langues en est la preuve. Un mot est
facilement remplaçable par un autre, un objet réel existe et ne peut être remplacé par un autre objet, il n'a pas d’équivalent. Ainsi un arbre peut
être nommé de diverses façons mais ils ne correspond qu'à une seule réalité : son existence concrète. Il ne faut cependant pas oublier que les
objets ont, eux non plus, aucune existence isolée. Le langage divise le tout en choses. Une seule réalité existe : celle du tout. Or l'homme par le langage
croit rendre cette réalité intacte. Nous arrivons ici à l'illusion première de l'homme. Le langage représente pas le réel. Cette affirmation remet en
question les principes de division que l'homme a mis en place. Ainsi les catégories ne sont qu'une preuve supplémentaire de l'illusion humaine. Aucune
catégorie n'est valable, la seule réalité étant celle du tout. Il faut considérer ici le caractère fini de l'homme. L'homme est contraint par sa
finitude à diviser le tout, au caractère infini, pour réussir à se l'approprier. Cette division se traduit par le langage.
Certes l'homme
tente de se rapprocher de la réalité en offrant au mot une sonorité qui pourrait représenter l'objet en question : l'exemple du serpent en est une
preuve. Or ce choix n'est pas significatif de l'entité de l'objet, il ne représente pas la réalité et ce à deux niveaux. Dans un premier temps,
l'homme divise le tout et en considère qu'une partie infime, ici le serpent, il en fait un objet isolé, puis il le désigne par un mot, à vrai dire peu
significatif : ainsi la trahison face à la réalité est double.
Se pose ensuite le
problème de la vérité. Comment peut-on parler de vérité ou atteindre la vérité par un langage dont les mots ne représentent qu'une infime partie de
la réalité ? En effet, la vérité est définie par l'homme comme étant ce qui est conforme au réel. Or, la seule réalité et la réalité du tout.
Nietzsche s'accorde donc en somme avec la formule de Spinoza : qu'il n'y a dans la nature qu'une seule substance et qu’elle est absolument infinie.
L'homme prétend
atteindre la vérité par le langage. Or le langage n'est en rien conforme au réel. Nietzsche arrive donc à la conclusion que la vérité ne peut pas
exister à travers le langage.> Il ne faut
cependant pas considérer le langage comme mensonger. Le mensonge est conscient, le langage, quant à lui, est perçu par l’homme comme la représentation du
réel : c'est pour cela qu'il convient de désigner le langage comme étant l'illusion première de l’homme.
La multitude des
langues atteste pourtant de cette impossibilité d'atteindre la vérité par le langage. En effet, les différentes langues ne s'accordent pas sur les
divisions, c’est-à-dire sur les mots, ce qui prouve parfaitement l'arbitraire qui règne dans le langage.
En effet, le
langage organise le monde en choses, mais ces choses ne sont pas la réalité. Elles ne sont que l'illusion de la réalité. L’illusion réside donc dans
l'organisation que l'homme fait du monde à partir du langage.
Dans cet extrait,
Nietzsche s’attarde donc à démontrer l'origine arbitraire et dont contestable qu’est celle du langage. Or cette non conformité au réel
entraîne une remise en question de principes tels que celui de la réalité.

Nietzsche, dans
cet extrait, remet en question les valeurs que nous attribuons au langage. En effet, à nos yeux, un mot et la transposition du réel, c'est-à-dire d'un
objet. Ce raisonnement est pourtant faux à bien des égards, à commencer par le problème des limites que nous choisissons de donner au tout. Si la réalité
est le tout, l'homme par le langage n’atteint que l'ombre, ou du moins une infime partie, de la réalité. En effet, par le langage, l'homme divise le
monde en objet. Son anthropocentrisme ne le pousse même à s’imaginer que le monde est naturellement divisé de cette manière. Ainsi l’homme s’illusionne
quant à la réalité. Le langage ne reflète en rien la réalité, au contraire, il la divise, la manie, la transforme. Ainsi ce n'est pas la
réalité du tout qui nous est transmise par le langage, mais une réalité fabriquée par l'homme : une réalité humaine.
Cette remise en
question du langage, et donc de la réalité, pousse Nietzsche à poser certains problèmes sous un angle nouveau. Dans cet extrait, Nietzsche cite à deux
reprises le terme « vérité » et ce dans l'objectif de nous offrir une perspective nouvelle de ce problème.
La vérité
consiste à établir ce qui est conforme au réel. La vérité est jugée comme inséparable du langage : « on dit vrai », on déclame une
vérité », « un écrit et véridique ». Ainsi la notion de vérité est intimement liée au langage. Mais, comme cela a été explicité
auparavant, le langage n’est en rien la transcription de la réalité première. Il est la transcription d'une réalité humaine. La vérité se doit
d'être conforme au réel, or elle ne peut y être conforme étant donné qu'elle est transmise par le langage. Nous arrivons donc en ce point à dire qu’il
n'existe qu'une seule vérité, celle qui est conforme au réel, c’est-à-dire au tout. De plus cette vérité ne peut être transmise par le langage car il en
ôterait sa nature et ainsi transformerait cette vérité en une illusion de la vérité.
La vérité, telle
que nous l'entendons, c'est-à-dire conforme au réel, donc au tout, ne peut pas être transmise par le langage.
Cependant,
l'homme, pour s'approprier le tout, s’est cru dans l’obligation, du fait de sa finitude, de le diviser en objets. Ainsi, la vérité au sens strict du terme
n'existe pas à l'échelle humaine. En effet, l'homme ne peut pas saisir le tout, il ne peut donc pas non plus voir la réalité et de ce fait atteindre la vérité.
Pourtant, la
vérité est un principe fondamental de l'homme au niveau moral. Il convient donc de dire que cette vérité se base sur l'autre réalité que nous avons
évoquée, à savoir l'illusion première ou réalité humaine. Or cette réalité est un produit purement humain, la vérité semble être, elle aussi,
un principe humain, c'est-à-dire créé par l'homme. La vérité n'est donc pas une propriété naturelle, c'est-à-dire valable hors du cadre humain.
Se pose alors une
contradiction évidente. Comment peut-on parler de vérité dans un monde recréé par l'homme ?
En effet, le monde
tel que nous le concevons, c'est-à-dire divisé en objets, n'est qu'une vaste illusion anthropocentrique. En quoi cette vision du monde est-elle juste ? Il
paraît difficile de parler de vérité dans un monde où règne l'illusion. Cette illusion est en plus renforcée et même créé par le langage. Ainsi nos
concepts, tels que la vérité, ne sont que des produits typiquement humains. Le langage invente la vérité. Il divise le tout, et ainsi il en découle une
multitude d’objets que l'on nomme selon certaines règles. Or ces noms n’étaient en rien l’équivalence des choses, elles-mêmes d'ailleurs arbitrairement
divisées par l'homme. La vérité n'est donc que l'utilisation correcte et appropriée d'un mot pour désigner un fait ou un objet. La vérité est donc
issue du langage, elle n'existe qu'à travers lui. Le langage ne se contente pas de diviser le monde en objets, il crée des concepts moraux qui ne pourrait exister sans lui.
Cette théorie
remet en cause la recherche de la vérité. Nombre de philosophes ou hommes d'esprit sont à la recherche d'une vérité spirituelle qui éclairerait le
sens de la vie. Or la vérité n'existe que de deux manières : la vérité conforme à la réalité première ou la vérité en tant que principe purement
humain. Dans le premier cas, il apparaît évident que cette forme de vérité ne peut être atteinte par l’homme. L'homme peut tendre vers l’infini, mais
il n'arrivera jamais à l'atteindre ; de cette manière, il paraît évident que l'homme ne peut saisir le monde dans sa globalité, il se
l'approprie en le recréant à sa manière, c’est-à-dire en fonction de sa finitude. L'homme ne pourra donc jamais atteindre la vérité première. Dans
l'autre cas, la quête de vérité paraît bien inutile et illusoire. La vérité est un produit humain, fruit du langage. Ainsi l'illusion, le faux
l'emportent sur la vérité première. La vérité « humaine » n'est qu'une convention sociale, l'usage correct d'un langage créé par l'homme. La
vérité n'existe donc pas en tant que vertu suprême.

Le langage est la
base de notre vision du monde. C'est par lui que l'homme s'approprie le tout et construit grâce à lui sa raison et d'autres facultés. Cependant, une vision
un peu trop anthropocentrique du monde pousse l'homme à oublier qu'il s'est éloigné de la réalité première pour s’enfermer dans un monde qui s'avère illusoire.
Nietzsche, dans
cet extrait, montre très bien l'arbitraire qui règne dans le langage, ainsi que certaines contradictions que l'homme tend bien souvent à oublier.
(A. G.)
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