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Etonnement de la chair, étonnement de l'esprit :
leçon d’abimes d'un philosophe pédaphile.
""Mais
comment diable ce petit entre deux morceaux de chair, dans sa perfection
géographique, pouvait-il à ce point faire disjoncter ma pensée rationnelle,
pourtant bien exercée à résister à d’autres attaques d’allure plus redoutable ?
Moi, qui avait eu, comme vous avez eu la bonté de me le rappeler à l’instant,
une certaine réputation dans le ferme maniement de la disputation scolastique,
je trouvais mes moyens presque totalement anéantis par une petite vallée
silencieuse, dont j’éprouvais avec évidence, alors même que je ne la pouvais
toucher, la douceur et le velouté."
Où il est
question du très véridique récit, aux sources de notre civilisation, de la petite fille chaperonnée traversant le bois des rouges cogitations,
enfin révélée dans toute sa cruelle vérité, et de la nature de ce que c'est que de raconter et de croire en des histoires en général.
"Or donc, la jeune fille, bien que sans doute un peu plus âgée
qu’on ne le prétendit parfois, était encore, comme il convient dans tout mythe fondateur, chaste et pure, bien que surmontée de cette fière
coiffe dressée."
Une histoire profondément immorale suspectant outrageusement la belle
innocence de notre jeunesse.
« Voyez-vous, cher maître,
elle l’appelait ironiquement ainsi dans les deux cas opposés où elle se faisait agressive ou attendrie, il n’y a d’authentiques
victimes que celles qui sont sacrifiées pour le maintien de la distribution sociale des rôles moraux institués. Pour le reste, mon ami, il en est des
traumatismes comme des manies de votre partenaire de la fable, vous savez, celle que l’on pourrait intituler Les jeunes filles, le
proviseur et le masturbateur, et dont la morale pourrait être : ça va, ça vient… ».
Comment
l'ingrate société châtie ceux-là même qui concourent le plus à sa survie en en pansant les plaies.
« Proposer du retour d’affection à la
pauvre vieille malheureuse décatie, ou même juste un peu fanée, dont le mari ingrat est parti chercher la faribole avec une jeunette sans doute plus tentée
par son portefeuille, ou au mieux par son allure paternelle, que par ce profil incertain et empâté qu’il est seul à ne pas voir. Proposer au petit salarié
brimé d’être estimé à son juste prix, de désenvoûter son entreprise de l’esprit maléfique qui parvient à aveugler le patron sur la prétendue valeur de ce petit
contremaître de merde, aussi pervers qu’incompétent. Proposer les numéros du loto de son prochain anniversaire à un pauvre endetté qui n’a jamais compris
pourquoi ses poches à lui étaient toujours plus vides que celles des autres, pourquoi c’étaient toujours les riches qui avaient de l’argent ».
En contraste
avec d'autres vilénies ci-présentes, la rafraichissante anecdote d'un amour pur.
« Sa main dans la mienne servait juste à éprouver la fausseté de notre
prétendue juxtaposition dans l’espace. Ces mains unies, paume à paume, nous
prouvaient au contraire qu’il n’y avait que transition continue pour passer
de l’un à l’autre de nos deux êtres, que ce « deux » illusoire désignait
tout au plus deux pôles de la même réalité diffuse que nous étions. Même
« deux pôles » semblait donner trop de réalité séparée à ce que nous
ressentions bien comme n’étant qu’un seul, nous-même au singulier. Il n’y
avait alors plus rien, l’espace renonçait à faire semblant de contenir plein
de choses diverses, il s’avouait enfin comme habité tout entier de sa seule
présence à elle, discrètement soulignée de la mienne qui n’en était qu’une
participation. ».