Blogadec   rien

L'indignation, entre deux coups de fourchettes

J'ai acheté, pour pas cher, le petit pamphlet de Stéphane Eissel. En plus, je l'ai lu, tranquillement (je me demande si c'est vrai, ce qu'on raconte sur le pourcentage de gens qui lisent les écrits qu'ils ont achetés). Lecture bien sympathique, d'autant sympathique que tout de même un peu insignifiante. Mais c'est une loi générale, il vaut mieux rester léger pour élargir la sympathie. A ce niveau là, pas de reproches, ça ne l'a pas empêché de susciter quelques propos haineux ici ou là, et c'est toujours rassurant. Mais là où je coince, c'est le coup du Bristol, entre deux Bogdanov et autres hontes. Non, ce n'est pas une histoire d'intolérance, je ne dénie à aucun des hommes ou femmes de la photo le droit d'écrire (pour certains, tout de même, un verbe qui prête un peu à confusion , mais bon...), d'écrire donc ce que bon leur semble, mais de là à mélanger ses fourchettes, et dans un contexte qui semble vraiment fleurer discrètement l'indignation, il y a un pas qui me fait problème. Alors, j'irai m'indigner différemment, en écoutant une gesticulation de Sarkozy, ou en relisant quelques pages du bon Meslier.

 

19 mars 2011

 


Ils n'avaient pas compris

Ils n'avaient pas compris  la nature du régime tunisien, ou alors ils avaient un peu sous-estimé l'affaire, comme dirait Mitterand le petit  (un peu de mea culpa, et surtout une bonne dose de on les avait mal informés), ou autre baliverne. Mais ce n'est pas vrai, à deux étages. A l'étage qu'ils connaissent, on ne peut pas vraiment penser qu'ils se soient trompés dans le jeu de la connivence naturelle entre les pouvoirs, entre les destructeurs malsains de tous poils. A l'étage d'en dessous, plus sérieusement, ils ne se sont pas plus trompé sur l'état de la société tunisienne qu'ils ne le font sur celui de la société française. C'est dans la totalité de leur vision du monde que le gouvernement et son petit chef délirent. Que ce soit ici ou ailleurs, il y a un réel "en dessous" des riches, des puissants et des malsains, autrement foisonnant et subtil que les histoires de fric et d'influence. N'allez pas vous fatiguer à le dire à un uhémepéteux ou assimilé, il ne vous croira pas.

26 janvier 2011


Pute et soumise

Bin non, dans ce beau pays libre, on ne va tout de même risquer une condamnation quelconque en développant ce que le titre dit très clairement ...

3 janvier 2011


La richesse du réel au bulldozzer.

 

La photo n'est pas très bonne, mal reprise d'un magazine usagé. On y constate tout de suite ces deux caractéristiques déconcertantes de la pauvreté : l'esthétique et l'ingéniosité. Petit coin de vie dérobé, détourné de sa froide banalité d'origine, et autrement humain qu'un quelconque enfilement de tours délirantes dans les Hauts-de-Seine. Bien sûr, il y a derrière cette belle image des problèmes sociaux, économiques, et tout ça. Mais le gamin, dans ce petit espace de vie illégalement réinventé, ressemble beaucoup plus à l'idée qu'on peut se faire d'un être humain, qu'un tour de table de sinistres mupéteux en train de s'imaginer de la faire, la loi. Cette vie là en vaut bien d'autres.

Côté anecdote politicomédiatique, il s'agit du quartuer du Hanul,

à Saint-Denis. Ça s'appellait en jargon anti-humaniste "un camp illégal de Roms". Les trois mots sentent mauvais, en concordance avec ce qu'il y a dans la tête de ceux qui les justifient. Aussi n'y a-t-il pas à s'étonner de la chaleur imaginative de la solution politique : expulsés le 6 juillet 2010, puis destruction au bulldozer. Alors, pour qui a gardé quelque bon sens, vient naturellement la question : qu'est-ce au juste que cette société qui, voyant cette image, pense pouvoir la "résoudre" au bulldozer ?

7 novembre 2010


Bouveresse d'honneur

Un philosophe contemporain, un vrai, pas du genre publiciste médiatique botulé, auteur de beaux livres profonds et stimulants, tels les "Prodiges et vertiges de l'analogie", se trouvait récemment lâchement agressé par quelque crétin(e) institutionnel(le), qui s'était mis en tête de juger de son honneur. Vieux truc politicard de tous temps, que de grossiers tripatouilleurs incompétents décernent médailles et récompenses du bas de leur mesquinerie. Ils visent bas, pour service rendu ; ils visent haut, pour tenter d'avoir l'air au-dessus de ce qui les dépasse, c'est selon. De temps à autre, une de leur victime se rebiffe : "De quel droit, Monsieur, Madame, jugez-vous de mon honneur ? Par quelle supériorité supposée jugez-vous de mon mérite ?". Sous un régime aussi dépourvu d'honneur et de mérite que celui que nous subissons présentement, on apprécie la bouffée d'air frais  que nous offre en cette occasion le susdit philosophe : « Il ne peut être question en aucun cas pour moi d'accepter la distinction qui m'est proposée et -vous me pardonnerez, je l'espère, de vous le dire avec franchise- certainement encore moins d'un gouvernement comme celui auquel vous appartenez, dont tout me sépare radicalement. » Merci, Monsieur, au nom de l'honneur de la légion de ceux qui, qu'on y songe ou pas, ne se laisseront pas décerner. Et certainement pas par cette clique de gens indignes.

13 août 2010


Casier politique

Blogadec, blogue à part, même pas confidentiel, ni même vraiment blog. Une chance pour pouvoir dire tranquillement, sans être emmerdé par les bien-penseurs de service. Le joyeux et subtil compère de Franconville qui a inventé l'affaire Samouré, et a permis en retour que l'on remette en perspective les Mavdelindjian et autres Paskwalny, a tout de même bien recadré l'essentiel, sans l'avoir voulu. Truand ou politique, c'est la même vocation, la même sensibilité. J'entends d'ici les beaux cœurs de gauche ou d'ailleurs crier au poujadisme, au populisme, à la démagogie, ou autre incantation disqualifiante. Mais non, regardons la chose sereinement : voler ou essayer sérieusement de se faire élire, c'est du même ordre. Qualités comparables, motivations comparables. Ceux qui ont vraiment quelque chose de valeur à produire, de quelque ordre que ce soit, ne songent ni à voler, ni à se faire élire, et encore moins à s'introduire de force dans la vie d'autrui. Il est donc normal que délinquance et politique se recoupent largement. Allons plus loin : le politique est souvent une forme de délinquant qui a su s'exonérer. Mais si, regardez mieux.

26 février 2010


Uhémepépettes et uhémepéteux

Juste pour écouler les mauvaises humeurs du jour. Une dépitée UMP justifiait à la télévision son projet de loi pour rendre obligatoire de mentionner qu'une photo a été retouchée (ce qui n'arrive évidemment jamais ni à la télé, ni dans les déplacements ministériels ou présidentiels, dans lesquels il n'y a jamais rien de retouché). Il s'agirait d'une mesure de protection contre l'incitation à l'anorexie. L'écoutant de loin, ce qui semblait suffire vu la tenue du débat, je dérivais de ci de là.

- On voit se profiler l'extension généralisée des mentions obligatoires sur tout ce qui circule. Pour aller des cas déjà existant à ceux qui pourraient suivre la même logique : sur le paquet de cigarettes qu'il tue, sous la pub de bonbons ou de chips qu'il vaut mieux ne pas en manger, sur le produit alimentaire manufacturé "attention, l'agro-alimentaire tue", sur le fruit de grande distribution que sa peau est saturée de produits cancérigènes, sous l'écran de télé qu'un usage régulier rend idiot, sur la pochette de musique starac qu'elle affaiblit les facultés de perception, sous la photo présidentielle que la taille normale d'un travailleur n'est pas nécessairement aussi petite que le suggérerait l'entourage choisi, en bas du bulletin de vote UMP qu'on nuirait gravement à la santé sociale en l'utilisant, etc. Ah, la vieille époque irresponsable et dangereuse où chacun avait à juger lui-même des conséquences quand il traitait avec un objet ...

- Cette merveilleuse faculté de réduire un problème à un seul de ses aspects, si possible secondaire. La jeune fille qui veut prendre la maigreur comme modèle, le fera avec ou sans photo retouchée. Dire qu'elle est victime d'un conditionnement massif, sans doute. Mais d'une part, s'il fonctionne, c'est qu'il y a d'autres choses autrement prégnantes que l'usage de photoshop qui le soutiennent, et dont il faudrait parler sérieusement, d'autre part, les conditionnements vont dans des sens divers. L'anorexique est prête à s'identifier à une femme fantôme inexistante, certes, mais il y a d'autres choses plus fondamentales, par exemple sa bouche, son refus d'introduction d'un corps extérieur, son rapport au monde, enfin des trucs malsains, quoi. Mais là, on ne serait plus dans un discours de député(e) responsable.

- Il est bien évident que la représentation fantasmée des corps n'a pas attendu l'informatique. D'ailleurs, on ne voit pas ce que pourrait être une représentation objective, encore moins celle d'un corps. De Praxitèle à Renoir, on devrait rendre une mention obligatoire, attention, l'artiste vous impose une image tendancieuse, vous n'êtes pas tenue de ressembler à ses fantasmes. Même une simple photo ment, sélectionnant un certain instantané entre tant d'autres possibles, et même la photo non retouchée artisanale triche, la preuve étant qu'on sélectionne celles qui rentrent dans l'album familial.

 

praxitèle mention obligatoire renoir

 

- Et puis, pour donner dans l'ad hominem, car on a bien affaire tout de même à des pollueurs existant individuellement, il était amusant d'apprendre que la dame avait fait effacer un grain de beauté sur ses affiches électorales, car la chose aurait nui à la clarté de son message politique (?...). Pas pareil, c'était pour la bonne cause. En ayant vu d'autres de près (des uhémepépettes), je me disais qu'il y avait un profil générique : "bien" présenter, ne pas comprendre grand chose, se complaire dans le lieu commun rabâché, avoir beaucoup d'assurance; enfin tout ce qu'il faut pour se faire élire, quoi.

- Pas de sexisme, hein, les uhémepéteux sont d'acabit similaire. Prenez leur chef, le roitelet, celui qui confond le trou d'Ozone et l'excédent de CO2. Il voudrait maintenant nous faire croire qu'il lit Proust. L'idée vient probablement des services ou des serviteurs chargés de rectifier son image de sous cultivé. Lire, au sens le plus matériel du terme, il peut toujours. Mais au sens de comprendre un peu ce qui s'y passe, évidemment et absolument non. Je peux toujours lire un traité de physique de haut niveau, je peux même ne trébucher quasi sur aucun mot. Et je pourrais ensuite prétendre l'avoir lu. Mais à part tenter l'esbroufe, ça n'aura aucun sens. Et côté esbroufe, il faudra quand même de sacrés gogos pour y croire. Il y a des exigences logiques incontournables : d'un côté, des structures de pensée fines, subtiles, en teintes dégradées parfois déroutantes, et de l'autre des structures de pensée tout à fait incompatibles, genre simplet pouvoir bling aussi efficaces que rudimentaires. Alors, non, il ne peut pas lire Proust.

 

27 septembre 2009


Du soleil sur la France

Il y a du soleil sur la France, et le reste n'a pas d'importance... Rafle calaisienne, où les bulldozers détruisent des baraquements, et accessoirement des vies. Incitation publique à la délation policière en Essonne. Ah, le maintien des traditions nationales ...

22 septembre 2009


Du mauvais usage de la santé

Qui, au bout du compte, aura fait le plus de morts ? L’association des entreprises spécialisées en suicides de cadres ? Les organisateurs des déportations d’immigrés vers des destinations incertaines ? L’industrie dite agro-alimentaire ? Le fanatisme religieux ? La désorganisation méthodique de tout système de protection sociale ? La grippeta ? Le clan délirant des banquiers ? Nous ne saurons pas, car les choses ne sont pas simples à évaluer, et qu’il n’y aura de toutes façons pas de compte véridique, juste des contes politiciens.
Ah la mort, la maladie, la santé, toutes ces choses précaires, comme dirait une humoriste contemporaine grinçante, et bien trop angoissantes pour qu'on en parle avec sérieux. Car l’homme est mortel, on sait cela au moins depuis Socrate. En 2005, 537 300 personnes sont mortes en France, soient 1 471 par jour en moyenne. Comme ça, histoire de dire, et pourquoi pas, de comparer. Heureusement toutefois, les maladies ne sont pas toutes mortelles. Par exemple, une pandémie redoutable et néanmoins non mortelle fait actuellement rage. Elle se caractérise entre autres par un ramollissement cérébral manifeste, le malade n'ayant plus aucun sens de la mise en perspective, plus aucun sens du réel. Il semble y avoir de nets facteurs prédisposant à cette maladie, par exemple l'appartenance aux zones de pouvoir ou aux zones médiatiques, ce qui se recoupe quelque peu, ou encore aux zones pharmaceutiques. On appelle cela couramment "syndrome A". Sa manifestation actuelle courante (ça peut changer) consiste à privilégier de manière absolue une raison assez minoritaire de mortalité. A l'heure où France Télécom a fait plus de mort que le virus incriminé (oui, ça changera sûrement), où toute évaluation des conséquences de la déportation des sans papiers ou des méfaits de l’agro-alimentaire est taboue, le symptôme essentiel de la maladie consiste à estimer que la seule raison officiellement valable de craindre la mort, c'est l'A.
Cependant, il y a, comme toujours dans les psychopathologies, ce que d'aucuns appellent un "bénéfice secondaire". Par exemple, faire une risette profitable aux puissants et incontrôlables lobbies de la santé. Plus important, tenter de faire oublier que ce sont les mêmes incapables (les mêmes en tant que classe sociale) qui ont détruit l'économie qui veulent sauver notre santé. Mais il y a plus profond : on tentait jadis d'écraser l'individu en régissant sa sexualité. Ce n'est plus trop de mise (encore que...), mais on a trouvé mieux : l'écraser en régissant sa santé. Une nouvelle forme de tyrannie particulièrement violente se met en place, sous forme de santé publique. S'occuper de ma santé de force est une forme de viol. C'est qu'il s'agit de détruire la vie d'une autre manière.
Mme la pharmacienne de service, vous célèbre pour avoir conseillé lors d'une canicule mortelle de garer les voitures à l'ombre, laissez-moi ma santé. Tenez, moi qui suis convaincu qu'à certains égards, il y aurait à s'occuper de votre cas et de celui de quelques uns de vos petits camarades, et bien, au risque de tomber sous le coup de la non assistance à personne en danger, je ne ferai rien pour vous. Car c'est votre vie, même si elle me reste incompréhensible. Alors, laissez-moi la mienne. Peut-être vos a priori religieux et politiques vous font perdre de vue l’essentiel : ma vie, ma santé, ma mort ne vous appartiennent pas.

20 septembre 2009


Le sens des voleurs

La justice n’étant jamais complètement transparente, nous apprenons avec stupéfaction que notre si douce future ex garde des sceaux a un inconscient, ce qui ne se fait, mais alors pas du tout, dans la bonne famille UMP, où l’on est, jusqu’à preuve du contraire, de bon goût et sain d’esprit. Visitant, je ne sais pas comment il faut dire, ses amis, ses collègues ou ses complices (politiques s’entend), les fameux Balkany de Levallois, elle profère en un meeting public : « ça vaut aussi peut être la peine de prendre un peu de temps pour avoir un engagement pour des voleurs ….. », mais de se reprendre aussitôt, heureusement, car on en a inculpés d’outrage pour moins que ça, « des valeurs et des convictions qui sont fortes au niveau européen. » Comment dire, on ne parle pas de corde dans la maison d’un pendu, et il paraît que la drôlerie de la chose a été diversement évaluée. Enfin, c’est bien quand même d’avoir un inconscient qui a le sens de l’horreur… euh, pardon, de l’honneur.

8 juin 2009


Boire ou conduire, il faut choisir

La femme actuelle du président actuel voudrait qu’il se sache que son homme à plusieurs cerveaux serait aussi lecteur de Maupassant. C’est curieux, cette propension des hommes de pouvoir à vouloir faire savoir, un jour où l’autre, qu’ils savent lire le français. Il n’y a pas de raison de douter que la profération quotidienne des « Si y’en a des qui » et autres subtiles figures de rhétorique n’empêche nullement de lire d’un bout à l’autre une phrase d’un grand auteur. Evidemment, s’il s’agissait de créditer la thèse d’une compréhension un peu étoffée de ce que dit, et pour cela, aussi bien, de ce que ne dit pas Maupassant, tout vrai lecteur sait bien qu’elle n’est aucunement crédible. C’est comme ça, disons, pour rester prudent et ne pas porter atteinte à la personne, qu’il y a des lieux d’où l’on peut voir ceci, et par là même, d’où l’on ne peut pas voir cela. Poussant le paradoxe de l’improbable lecteur de Maupassant, un hebdomadaire satirique émettait la boutade judicieuse selon laquelle, un mois prochain, on apprendra qu’il lit Proust. Autant tenter de nous faire accroire que lui et son camarade Smet passent leurs journées à écouter Fauré…

5 juin 2009


Du bon usage ministériel des virus

Ministre de l’intérieur. On pourrait d’abord se demander de l’ « intérieur » de quoi, question intéressante à élucider, à l’heure de la prétendue mondialisation. Ou alors, dans un registre différent, quelles motivations pourraient pousser une personne honnête à accepter un job aussi douteux. Ou encore, contempler, non sans quelque étonnement, pour ne pas dire émerveillement, l’intéressante galerie des titulaires successifs. Diverses curiosités qui me traversaient l’esprit en apercevant sur l’écran de télévision la titulaire en exercice, précisément en train d’exercer. L’air sérieux, profond, réfléchi et responsable, le tout en couche tout de même un peu épaisse, comme un maquillage de mauvais goût. Mais, que voulez-vous, il faut bien souligner le trait pour le faire valoir, les administrés sont dans l’ensemble d’esprit si rustique. Elle divaguait, pardon, elle exposait le dossier, de la dernière pandémie grippale. Il lui fallait redoubler en sérieux responsable, vu que la grippe, toute pandémique qu’elle était, n’avait pas fait grand ravage dans le pays. Nettement moins que la grippe annuelle coutumière, nettement moins sans doute que l’agro-alimentaire, et probablement moins que la reconduction aveugle et néanmoins méthodique d’êtres humains (mais si) ayant eu pour seul tort de ne pas être nés au bon endroit, mondialisation ou pas. Si donc la grippe ne semblait pas à la hauteur, la ministre tentait avec le maximum de plénitude de montrer à quel point, elle et le « gouvernement » dont elle faisait partie, l’étaient. C’est qu’il faut bien nous montrer à quel point nous sommes efficacement défendus par des responsables compétents et courageux contre les virus, les dérailleurs de trains, les invasions étrangères, enfin tous ces terrorismes sans lesquels on pourrait se laisser aller à choisir la liberté et la dignité. On sentait bien, en l’écoutant, enfin disons en regardant son jeu de rôle bien épais, qu’on était malgré tout en sécurité, ou en tout cas en voie de l’être, si on continuait à choisir la bonne équipe, et aussi, accessoirement, qu’il aurait été de très mauvais goût, et de toutes façons hors sujet, d’interroger sur la vraie pandémie, celle de la crétinerie économique dite, à tort ou à raison, libérale. Enfin, c’était l’ordre normal des choses, la ministre ministrait, les journalistes commenteraient ce néant, et le meilleur des petits mondes sarkozystes se féliciterait des bienfaits de la vraie mondialisation, celle des exploiteurs sans vergogne.

7 mai 2009


Elections contre démocratie

La démocratie connaît un grave problème, quasi insurmontable : les qualités nécessaires pour se faire élire ne sont pas du tout les mêmes que les qualités nécessaires pour gouverner. On pourrait naïvement espérer qu’avec un peu de chance, on aurait quelqu’un qui soit bon dans les deux domaines. Mais non, ça ne se peut pas. Car les dites qualités ne sont pas seulement différentes, elles sont opposées. Notre histoire récente nous a bien montré que le meilleur pour se faire élire est souvent le pire pour gouverner. Rien d’étonnant : d’un côté l’esbroufe schizoïde, séduire des dizaines de genres différents et antagonistes, et donc une sincérité différente pour chaque occasion, du cinoche, suffisamment de bassesse pour savoir flatter sans fâcher, promettre tout ce qu’on voudra et le contraire, du genre “avec Kastoi, tout est possible”, au passage le plus scandaleux slogan qu’on puisse produire. Bref, un guignol, peut-être rusé, généralement prétentieux. De l’autre, le sens du réel, la rigueur de l’analyse, la capacité de synthèse, le courage de regarder en face, ce qu’on pourrait appeler un homme intelligent. Dans un grand pays, il y a nécessairement ce genre là en magasin. Mais ils risquent fort peu de se faire élire, et n’en ont d’ailleurs généralement pas l’envie. Car intelligence et ruse, ce n’est pas du tout la même affaire. Le drame démocratique est que, si la seconde se vent bien, la première a beaucoup d’ennemis. C’est pourquoi les élus sont, sauf accident rare, dans l’ensemble assez sots. Et malsains, car celui qui veut le pouvoir est pour cette raison même indigne de l’exercer. Jacques Rancière le rappelait récemment dans un entretien avec Siné Hebdo (saine lecture, assez vulgaire, mais aussi assez lucide…) : « Même l’antidémocrate Platon le disait : le pire des maux est que le pouvoir soit occupé par ceux qui l’ont voulu. »
Comme il est évidemment inacceptable de pratiquer le pouvoir héréditaire, de droit divin ou autre foutaise, comme le coup d’état est toujours triomphe d’une forme ou autre de barbarie, que reste-t-il ? Une solution toute simple : la nomination par tirage au sort. Ne crions pas à l’absurdité, c’est au contraire tout à fait sensé. On accepte bien l’idée que des jurés tirés au sort soient amenés à décider de la vie d’un homme. Et puis, ça s’est déjà pratiqué, notamment dans la Grèce antique.

Premier point de gagné, le tiré au sort n’a pas de raison spéciale de croire à sa supériorité surnaturelle, comme le croit souvent l’élu, qui a toujours du mal à comprendre qu’il n’est pas élu de dieu, ni même élu du « peuple », qu’il a simplement bénéficié d’une addition hétéroclite sans grande signification. Second point, il n’est redevable à personne, n’a pas d’ascenseur à renvoyer, de retour de service à rendre. Il peut de plus échapper à la grande maladie de la démocratie, la démagogie, puisqu’il ne vise aucune réélection. Il a plus de chance d’être un honnête homme, puisqu’il n’a pas voulu le pouvoir. Quant à dire qu’on risquerait de tomber sur un incompétent, c’est proprement risible. Pourquoi donc le hasard aurait-il le privilège de fournir nécessairement des incompétents, quand d’une part on ne sait pas trop de quelle compétence il s’agirait, et que d’autre part les compétences ne peuvent aucunement être reconnues par une « majorité » qui n’a pas les moyens (ni l’envie) d’en juger. La majorité va à celui qui promet un traitement agréable, pas à celui qui proposerait une démarche cohérente de prise en charge. L’exemple français actuel montre bien, côté compétences, qu’un tirage au sort aurait pu difficilement faire pire. Et d’ailleurs l’élu s’en fout, il est là pour faire triompher ses solidarités, pour ne pas dire ses copains, c’est tout.
Alors, tirons au sort, ça nous évitera bien des déboires…

3 avril 2009


Welcome, Welcome

C’est distrayant, les petites pudeurs ministérielles. Pour quiconque a un minimum les yeux et l’intelligence ouverts, dire qu’on ne devient, et qu’on ne reste ministre qu’à l’issu d’un parcours qui serait considéré comme déshonorant par le commun des mortels, ne relève que d’un constat banal.

On a néanmoins ses petits états d’âme, ou au moins, on fait comme si. Par exemple, notre grand rentier national de l’humanitaire, une fois ses petits (!) arrangements financiers dévoilés, va nous jouer l’indignation, et nous faire même le coup de l’antisémitisme, c’est très tendance.

Le préposé aux camps, dont on pouvait pourtant supposer, vu le parcours, qu’il était blindé contre toute espèce de sentiment rétrograde de dignité, a tout de même ses petites indignations. C’est pourtant une question non seulement sensée, mais urgente, de demander à combien on peut évaluer le pourcentage de morts à l’arrivée, dans le retour forcé de ce qu’on appelle de manière aussi débile que monstrueuse, des “sans papiers”. Il faut se demander ce qui se passe à l’arrivée des avions, comme il aurait fallu jadis se demander ce qui se passait à l’arrivée des trains, même si les situations ne sont pas identiques. Sans compter les détails annexes : combien d’amours brisées (mais oui, ça a aussi des histoires d’amour, ces gens là …), de familles brisées, de vies brisées ? Eh bien, le préposé chef est chatouilleux : il n’aime pas qu’on compare. Donc il n’aime pas le film Welcome, qui tente un brin de vérité là où il ne faut surtout pas. Mais c’est toujours ça la vérité, là où il ne faut pas. Alors, modestement, je dis merci Philippe Lioret, merci Vincent Lindon, merci Firat Ayverdi, merci les autres. Je ne vous connais pas, mais vous êtes mes amis.

Redire l’élémentaire. A un flic qui demande “Vos papiers”, il faudrait pouvoir répondre : “Ce ne sont pas mes papiers, ce sont les vôtres, ceux institués par l’ordre dont vous êtes les vassaux. Je suis, quant à moi, né sans papiers, et mourrai de même.” Et puis, au nom de quel principe absurde, les endroits où j’ai le droit d’aller dépendraient de l’endroit où j’ai commis le hasard de naître ? On en revient une fois encore à la magnifique formule de Brassens : les imbéciles heureux qui sont nés quelque part …

11 mars 2009


La Rolex des pov’blings

« Si à 50 ans on n’a pas une Rolex, c’est qu’on a raté sa vie » ( Jacques Séguéla).

Soyons logiques, à défaut d’être justes : à l’heure où l’on condamne pour outrage des gens qui n’ont , pour tout délit, que vaguement suggéré à des flics, ou autres choses du même genre, une infime parcelle de ce que l’on peut légitimement penser d’eux, des propos comme ceux du pov’con publicitaire sur le port de rolex devenu obligatoire pour pouvoir être comptabilisé parmi les vrais hommes, ça mériterait une bonne grosse condamnation pour outrages multiples : outrage à la classe des travailleurs, outrage à l’intelligence, outrage au bon goût, apologie de la discrimination, outrage à tout ce que l’humanité comporte de meilleur. Bon, ne rêvons pas : si la Justice avait coutume de s’occuper de justice, ça se saurait. Il ne s’agît en fait que d’une regrettable homonymie. Pour revenir au publicitaire carpette de la zébulonie, ça fait quand même un peu pitié, ce genre de pov’types étroits qui s’imaginent qu’il n’y a qu’un seul type de fantasmes, les leurs, un seul type de richesse, la leur, un seul type de valeurs, les leurs, qu’il est d’ailleurs un peu abusif d’appeler des valeurs. Ne serait-ce pas, au fond, une manière assez dramatique d’afficher qu’on a raté la construction réelle du sens profond de sa vie, que de ne pouvoir survivre moralement qu’en affichant son épate sociale au poignet (ou ailleurs) ? Pourraient-ils un instant imaginer, les pov’bling-blings, qu’avec une riche intériorité (une quoi ?), une vie qui a réellement déployé quelque chose, on n’a que foutre d’exhiber quoique ce soit ? En Zébulonie l’esbroufe, sous la houlette de son petit chef aussi vain qu’agité, pullulent les petits nuisibles de ce genre qui voudraient se faire aussi gros que de vrais hommes. Il ne les a certes pas inventés, simplement, sous son impulsion et à son image, ça remonte et ça grouille à la surface. Leur ridicule, s’il peut nous faire sourire au passage, finit tout de même par agacer. Mais qu’ils ne s’imaginent pas qu’ils parviennent à nous faire perdre de vue l’essentiel : qu’il y a, plus que jamais, lutte des classes, et qu’ils sont les voleurs.

25 février 2009


Il n’y a pas de pilote, ce n’est pas un avion

Une des idées religieuses les plus fondamentales est qu’il y a un but de tout ça, et quelqu’un qui aurait charge d’en maintenir le cap. Mais cette idée est à la fois une escroquerie et une infirmité mentale. Il n’y a que de petits buts locaux, et ce n’est que par une extension illégitime qu’on fantasme l’idée inconsistante d’une finalité plus générale. Jouez dons au petit jeu du pourquoi et du pourquoi pourquoi et du pourquoi pourquoi pourquoi, comme le font parfois les enfants au désespoir des adultes, on finit forcément dans l’indécidable, d’où l’injonction de se taire au petit emmerdeur. Personne ne sait vraiment où il va, je veux dire où il va en dernière instance, mais ce n’est pas tout-à-fait par ignorance, c’est simplement qu’il n’y a pas, qu’il ne peut pas y avoir un quelque chose ou un quelque part qui pourrait être ce vers quoi il irait. Ce vers quoi on va, c’est juste une illusion rétroactive, une remise en forme fictive a posteriori,  qui ne parvient à prétendre à un semblant de consistance qu’au prix de tout ce qu’elle a occulté. C’est déjà vrai pour un individu, alors pensez-donc, pour ce fatras hétéroclite qu’on appelle parfois un peuple ! Tout ça pour dire qu’une fois renoncé à l’idée d’un dieu qui gouvernerait de par sa providence, il faut encore comprendre qu’un chef quelconque, un roi, un président, ou ce qu’on voudra, ne sont que de ridicules petits formats de la même absurdité. Ötez la posture, ôtez la gesticulation, il ne reste qu’un misérable illuminé qui peut certes faire grand mal, mais en aucun cas diriger quoique que ce soit vers quoique ce soit. La seule affaire pour laquelle ils pourraient sembler mériter admiration, c’est de réussir, ou d’avoir réussi un certain temps, à faire croire à un suffisamment grand nombre qu’ils étaient pilotes, alors qu’il n’y a strictement rien qui puisse faire office de cabine de pilotage, pour la bonne raison que ce nest pas un avion.  Mais même sur ce point, avoir à être admiré, c’est bidon, ils ne sont qu’un cataclysme météorologique sans intention réelle, mettant en œuvre une rencontre de forces insoupçonnées, et le mieux est de les traiter comme tels.

19 janvier 2009


Stevia la douce

Dans le merveilleux aurore de ce nouveau millénaire où la plus grande partie de l’humanité va souffrir dans sa chair de la rapacité, de l’incurie et du cynisme d’illuminés qui se prennent pour une élite, à l’heure où les Etats massacrent les populations qui les gênent, et dans un pays si beau et si juste où l’on organise avec conscience le ramassage des proscrits, il peut sembler dérisoire de se battre pour une petite plante.
Mais l’ostracisme contre Stevia la douce fait partie intégrante du tableau. Elle a un pouvoir sucrant 200 fois supérieur au sucre. On peut faire de la chimie savante avec, et en extraire les steviol, les stéviosides et les rebaudiosides. Mais, et c’est là son grand tort, ses feuilles séchées réduites en poudre font un sucre tout à fait compétitif. Et, malgré son origine sud-américaine, n’importe quel jardinier de chez nous peut en faire assez facilement la culture.
Donc totalement intolérable. Nous pourrions faire notre affaire d’un aspect important de notre alimentation, sans passer par les pouvoirs qui s’interposent de force entre nous et nos conditions de vie, pour faire du fric d’abord, pour nous mettre en servitude ensuite (ou l’inverse), avec éventuellement un petit dommage collatéral d’empoisonnement des consommateurs et de pollution de notre espace vital. Comment vont alors vivre nos campagnes, si les betteraviers ne font plus loi ?

D’où la nécessité d’une législation, pour là aussi, empêcher de vivre. Car il y a, ici comme à d’autres endroits, des lois pour nous dire ce que nous avons officiellement le droit de manger ou non. Il y a une liste officielle des plantes qui peuvent être commercialisées. N’imaginez pas que c’est pour empêcher qu’on nous vende de la ciguë. Non, allez voir du côté de Kokopelli, on vous y parlera de toutes ces vieilles espèces, qui par la force des règles, sont devenues moins comestibles. Non, c’est d’une part pour que notre vie nous appartienne de moins en moins, d’autre part pour que l’ensemble du comestible soit sous propriété marchande, breveté, source de fric à pouvoir, comme du vulgaire pétrole. Qu’il n’y ait plus que de l’hybride non reproductible et des OGM, avec un nom de marque qui encaisse.
Pour se débarrasser de son chien, comme chacun sait, commencer par l’accuser de la rage. Ainsi la Direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes, qui est à la fraude ce que l’INSEE est au chômage, s’inquiète de l’innocuité non prouvée de la Stevia, utilisée depuis des millénaires par les Amérindiens. Voyez, pas comme l’aspartame, cancérigène très probable.
Le désordre barbare du monde passe aussi par les énergumènes qui ont pour mission de nous empêcher de cultiver la Stevia et ses consœurs. Une petite visite intéressante : http://www.kokopelli.asso.fr/

stevia rebaudiana

stevia rebaudiana

16 janvier 2009


Un auteur pour comprendre le monde

On se donne beaucoup de mal pour nous mettre à l’ombre de grandes œuvres mystificatrices, genre livres saints, ou grandes œuvres bidon à la Hegel. Pas pour nous les faire lire, il ne vaut mieux pas, même les moins méfiants finiraient par avoir un doute. Plutôt pour nous embourber, afin d’empêcher qu’on aille y voir plus loin. De manière complémentaire, il faut étouffer gentiment tout ce qui apporterait une vraie lumière. On n’interdit pas, on n’interdit plus, la méthode est contre-productive. Le livre important, on s’arrange plutôt pour l’oublier négligemment sur le rayon du bas, le rayon social s’entend. Le Mémoire de Meslier est de ces livres du bas. Edité de temps à autres, incroyablement absent des programmes officiels de philosophie, il est relégué dans la rubrique livre pour militants. On ne voit pas bien en quoi Malebranche, par exemple, ne pourrait pas être de son côté catalogué œuvre rébarbative pour militant frénétique, mais de l’autre bord. S’il s’agit de comprendre le monde, on peut raisonnablement penser que Meslier est d’un tout autre secours, mais c’est pourtant l’autre qui est dans la liste des auteurs au programme de philosophie pour le bac. Le fil conducteur de l’officiel est qu’il n’y a réellement que Dieu, celui de l’autre est que le monde est beaucoup plus lisible sans cette idée destinée à l’occulter et à le pervertir. Car Meslier n’est pas simplement un athée radical et résolu, il est un penseur qui veut comprendre le monde dans sa complexité, sans fable additionnelle. Lisons-le, il peut être long et répétitif, mais vraiment pas plus que l’autre, pas plus que quelqu’un qui a quelque chose d’intéressant à dire. Introduction à Jean Meslier.

5 janvier 2009


Tais-toi s’il le faut

Quand tu ne peux plus parler, ou quand on ne t’écoutes plus, tais-toi, mais montre que tu te tais.

Bien que n’étant pas de culture religieuse, et que l’idée semble être d’origine chrétienne, j’éprouve une grande empathie pour ces cercles de silence qui semblent se répandre, forme nouvelle de protestation contre les expulsions aveugles, aux quotas, refusant surtout de se poser des questions au delà de la mise en charter, et contre les camps de rétention concomitants. Citons Rue 89 : ” Devant tant d’agitation et de travestissement du langage au sommet de l’Etat, des opposants font le choix de se taire et de rester immobile.” Car ces sans-papiers (on dit ça comme s’il leur manquait un rein ou un côté du cerveau, un “papier” n’est pourtant jamais que le résultat d’un arbitraire administratif, et n’est cosubstantiel à aucun être vivant), ces sans-papiers donc, pourquoi nous “envahissent”-ils ? N’y aurait-il pas, entre autres bien sûr, une conséquence directe de la politique internationale qui nous permet à moindre frais de nous en tirer sur leur dos ? Violeta, toujours dans Rue 89 : ” le sort réservé aux étrangers est désormais une vraie tragédie dont notre conscience collective ne se relèvera pas pendant des décennies.” Petite question naïve : un être humain a-t-il le droit de vivre, quel que soit son lieu de naissance ? Silence, et comme se taire n’empêche pas de lire, en tout cas avant et après  : http://www.educationsansfrontieres.org/

21 décembre 2008

 

 

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