français SA VIE Fils du second président de la "cour des aides" de Clermont (Ferrand), Blaise Pascal est né le 19 juin 1623. Il
perd sa mère à trois ans, et est lui-même de santé fragile. Sa famille
s'installe à Paris en 1631, puis à Rouen en 1639, pour revenir à Clermont peu
avant la mort du père (1651). Il montre très jeune des
capacités exceptionnelles pour les mathématiques. A 17 ans, il publie
l'Essai sur les Coniques qui le fait
connaître en Europe. Sa renommée s'accroit encore après l'invention en 1642
d'une machine à calculer. Sous l'influence de l'abbé de Saint-Cyran, la famille
se convertit à une forme assez austère du christianisme en 1646 et commence à
être marquée par le jansénisme, dont le centre est l'abbaye de Port-Royal.
Pascal père et fils reprennent les expériences de Torricelli sur le vide, qui
sont en rupture totale avec le dogme aristotélicien sur l'impossibilité du vide
("la nature a horreur du vide"). Sa santé se détériore encore à
partir de 1647 (maux de tête et d'estomac violents). Son activité se centre
principalement autour de deux pôles : la recherche scientifique et technique et
la polémique religieuse.
La "pascaline", machine arithmétique inventée par Pascal. SON ŒUVRE "Essai pour les coniques" (1642), "Expériences nouvelles touchant le vide" (1647), "Récit de la grande expérience de l’équilibre des liqueurs" (1648), "Traité du vide" (1651, seuls des fragments sont connus), "Traité du triangle arithmétique" (1654), "La Règle des partis" (1654), "Les Provinciales" (1656/1657), "Élément de géométrie" (1657), "De l’Esprit géométrique et de l’Art de persuader" (1657), "Histoire de la roulette" (1658), "L’Art de persuader" (1660), "Pensées" (posthume). INTRODUCTION A SA PENSEE 1.Un scientifique et épistémologue fécond. Pascal est d'abord mathématicien. Il est partie prenante des principales recherches
novatrices de l'époque comme le calcul infinitésimal, les suites
de nombres entiers, le raisonnement par récurrence, la théorie
des probabilités, l'étude des cycloïdes. Il établit le "théorème
de Pascal" sur les coniques, il invente le "triangle de Pascal"
donnant les coefficients du binôme. Mais il y aussi un volet
épistémologique de sa réflexion, notamment une interrogation sur
le fondement des mathématiques ("De l'esprit géométrique"). Il
met en valeur le problème de la régression à l'infini
qu'implique toute recherche de vérité. Pour fonder une vérité,
il faut se fonder sur d'autres propositions dont la vérité est
déjà établie. Mais c'est à la longue impossible, car il faudra
toujour s’appuyer encore sur d’autres vérités et ainsi de suite,
sans fin. Se pose ainsi le problème de la méthode axiomatique.
Il est hors de portée de l'homme d’obtenir une certitude à
propos de ces axiomes. Ils ne peuvent être saisis que par
l’intuition et ce fait souligne, selon Pascal, la nécessité de la
soumission à Dieu dans la recherche de la vérité. Il développe
par ailleurs une théorie de la définition en distinguant les définitions
conventionnelles définies par un auteur de celles qui sont comprises
de tous parce qu’elles désignent
naturellement leur référent. Pascal s'intéresse aussi à la
pédagogie des mathématiques, et, par extension à l'enseignement
des langues. 2. Un mondain devenu fou de dieu Si; conformément à l'esprit de la science
moderne, Pascal se place d'abord dans la lignée aristotélicienne de Copernic,
Galilée, Descartes, il s'en éloignera après sa révélation chrétienne : "Car
cela est inutile et incertain et pénible." La science peut
éventuellement dire comment ça marche, mais cela ne donne pas vraiment le sens
du monde La révélation consiste d'abord à comprendre que la véritable
interrogation est religieuse : "Je ne puis pardonner à Descartes : il
voudrait bien dans toute sa philosophie pouvoir se passer de Dieu ; mais il n'a
pu s'empêcher de lui donner une chiquenaude pour mettre le monde en mouvement ;
après cela, il n'a plus que faire de Dieu". 3. Une critique sociale virulente Mais, ce faisant, Pascal, par expérience bon connaisseur de l'affaire, dresse une critique assez virulente de la vie sociale, et plus généralement de la condition humaine : « On nous traite comme nous voulons être traités : nous haïssons la vérité, on nous la cache ; nous voulons être flattés, on nous flatte ; nous aimons à être trompés, on nous trompe. La vie humaine n'est qu'une illusion perpétuelle ; on ne fait que s'entre-tromper et s'entre-flatter. » (100) 4. Un lointain précurseur de l'existentialisme L'interrogation poussée de Pascal sur la nature de l'homme l'amène à des questions très modernes, par exemple sur l'identité (Qu'est-ce que j'appelle "moi" ? voir textes 2 et 4), sur la relation à autrui (Qu'aime-t-on quand on dit qu'on aime ? texte 3). La réflexion sur le "divertissement" esquisse les thèmes existentialistes futurs de l'angoisse et du néant. L'activité pour l'activité, le divertissement, ont la fonction fondamentale de fuir l'angoisse que nous apporte la conscience de notre condition. Surtout oublier le sombre tableau de notre finitude : « Les Hommes n'ayant pu guérir la mort, la misère, l'ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n'y point penser » (133). CITATIONS 1. « Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous rappelons le passé;
nous anticipons l'avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours, ou
nous rappelons le passé pour l'arrêter comme trop prompt, si imprudents que nous
errons dans des temps qui ne sont point nôtres, et ne pensons point au seul qui
nous appartient, et si vains que nous songeons à ceux qui ne sont rien, et
échappons sans réflexion le seul qui subsiste. C'est que le présent d'ordinaire
nous blesse. Nous le cachons à notre vue parce qu'il nous afflige, et s'il nous
est agréable nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir
par l'avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre
puissance pour un temps où nous n'avons aucune assurance d'arriver.
2. « Celui qui aime quelqu'un à cause de sa beauté, l'aime-t-il ? Non : car la petite
vérole, qui tuera la beauté sans tuer la personne, fera qu'il ne l'aimera plus. 3. « L'homme n'est qu'un roseau,
le plus faible de la nature; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas
que l'univers entier s'arme pour l'écraser: une vapeur, une goutte d'eau,
suffit pour le tuer. Mais quand l'univers l'écraserait, l'homme serait
encore plus noble que ce qui le tue, puisqu'il sait qu'il meurt, et
l'avantage que l'univers a sur lui; l'univers n'en sait rien. 4. « Nous ne nous contentons pas de la vie que nous avons en nous et en notre propre être: nous voulons vivre dans l'idée des autres une vie imaginaire, et nous nous efforçons pour cela de paraître. Nous travaillons incessamment à embellir et conserver notre être imaginaire et négligeons le véritable. Et si nous avons la tranquillité, ou la générosité, ou la fidélité, nous nous empressons de le faire savoir, afin d'attacher ces vertus-là à notre autre être, et les détacherions plutôt de nous pour les joindre à l'autre ; et nous serions de bon coeur poltron pour en acquérir la réputation d'être vaillants. Grande marque du néant de notre propre être, de n'être pas satisfait de l'un sans l'autre et d'échanger souvent l'un pour l'autre! (Pensée 147) SUPPLEMENTS
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