écossais SA VIE Né à Edimbourg en 1711, David Hume y fait ses études de philosophie. Après un bref passage par le commerce pour gagner sa vie, il part en France, à Reims d'abord, puis à La Flèche (Descartes y fit ses études). C'est là qu'il rédige son œuvre principale, le Traité de la nature humaine. Il rentre à Londres et y trouve un éditeur qui publie le traité en deux fois, 1739 et 1740. Le livre n'a aucun succès. Il persévère néanmoins en publiant de nouveaux ouvrages et en remaniant les anciens. Le Traité de la nature humaine devient ainsi l'Enquête sur l'entendement humain. Devenu bibliothécaire à Edimbourg, il entreprend une Histoire d'Angleterre et publie une Histoire naturelle de la religion. Il entame ensuite une carrière politique en devenant secrétaire d'ambassade à Paris en 1763. Il devient célèbre, fréquente les encyclopédistes et les salons parisiens. Rappelé à Londres en 1766 pour y être nommé sous-secrétaire d'Etat, il y ramène Jean-Jacques Rousseau, interdit de séjour en Suisse et en France. L'amitié avec Rousseau se terminera dans une querelle retentissante. Il meurt à Edimbourg en 1776 d'une tumeur intestinale. SON ŒUVRE Une œuvre copieuse, dont on peut retenir notamment : Traité de la nature humaine (1740), Essais moraux et politiques et littéraires (1742-1748), Essai sur l'entendement humain (1748), Enquête sur les principes de la morale (1751), Discours politiques (1752), Essais et traités sur plusieurs sujets (1753), Quatre dissertations (1757), Dissertation sur les passions (1759), Histoire d'Angleterre (1762), Exposé succinct de la contestation qui s'est élevée entre M. Hume et M. Rousseau avec les pièces justificatives (1766), La vie de David Hume par lui-même (1777), Dialogues sur la religion naturelle (1779). INTRODUCTION A SA PENSEE 1.Réflexion critique sur la notion
de causalité. 2. Quel moi ? Quelle identité ? 3.
Un scepticisme raisonnable. 4. Morale et religion, des phénomènes humains.
EXTRAITS 1. « Quand nous regardons hors
de nous vers les objets extérieurs et que nous considérons l'opération des
causes, nous ne sommes jamais capables, dans un seul cas, de découvrir un
pouvoir ou une connexion nécessaire, une qualité qui lie l'effet à la cause et
fait de l'un la conséquence infaillible de l'autre. Nous trouvons seulement que
l'un suit l'autre effectivement, en fait. L'impulsion de la première bille de
billard s'accompagne du mouvement de la seconde. Voilà tout ce qui apparaît aux
sens externes. L'esprit ne sent aucun sentiment, aucune impression interne de
cette succession d'objets ; par suite, il n'y a, dans un cas isolé et
particulier de causalité, rien qui puisse suggérer l'idée de pouvoir ou de connexion nécessaire. (Enquête sur l'entendement humain) 2. « Donc, puisque les objets extérieurs, tels qu'ils apparaissent aux sens, ne nous donnent aucune idée de pouvoir ou de connexion nécessaire par leur opération dans des cas particuliers, voyons si cette idée est dérivée d'une réflexion sur les opérations de notre esprit et si elle est copiée d'une impression interne. On peut dire que nous sommes à tout moment conscients de notre pouvoir intérieur, alors que nous sentons que, par le simple commandement de notre volonté, nous pouvons mouvoir les organes de notre corps ou diriger les facultés de notre esprit. Un acte de volonté produit le mouvement de nos membres ou fait surgir une nouvelle idée dans notre imagination. Cette influence de la volonté, nous la connaissons par la conscience. C'est de là que nous acquérons l'idée de pouvoir ou d'énergie ; c'est de là que nous avons la certitude que nous-mêmes, et tous les autres êtres intelligents, nous sommes doués de pouvoir . Cette idée, alors, est une idée de la réflexion puisqu'elle naît d'une réflexion sur les opérations de notre propre esprit et du commandement que la volonté exerce, et sur les organes du corps, et sur les facultés de l'âme. » (Enquête sur l'entendement humain) 3.
« Il y a certains philosophes qui imaginent que nous avons à tout moment la conscience intime de ce que nous
appelons notre moi; que nous sentons son existence et sa continuité d'existence ; et que
nous sommes certains, plus que par l'évidence d'une démonstration, de son identité et de sa simplicité parfaites. La
plus forte sensation et la plus violente passion, disent-ils, au lieu de nous distraire de
cette vue, ne font que l'établir plus intensément ; elles nous font considérer leur influence sur le moi
par leur douleur ou leur plaisir. Essayer d'en fournir une preuve plus complète
serait en affaiblir l'évidence ; car aucune preuve ne peut se tirer d'aucun fait
dont nous ayons une conscience aussi intime ; et il n'y a rien dont nous
puissions être certains si nous doutons de ce fait. (Traité de la nature humaine) 4. « L'esprit est une
sorte de théâtre où diverses perceptions font successivement leur apparition ;
elles passent, repassent, glissent sans arrêt et se mêlent en une infinie
variété de conditions et de situations. Il n'y a proprement en lui ni simplicité
à un moment, ni identité dans les différents moments, quelque tendance naturelle
que nous puissions avoir à imaginer cette simplicité et cette identité. La
comparaison du théâtre ne doit pas nous égarer. Ce sont les seules perceptions
successives qui constituent l'esprit ; nous n'avons pas la connaissance la plus
lointaine du lieu où se représentent ces scènes ou des matériaux dont il serait constitué. (Traité de la nature humaine) 5. « Car avec quelle confiance puis-je m'aventurer en des entreprises aussi étranges quand, outre les innombrables infirmités qui me sont propres, j'en trouve tant qui sont communes à la nature humaine ? Puis-je être sûr qu'en abandonnant toutes les opinions établies, je sois en train de poursuivre la vérité ? et quel critère me permettra de la distinguer, même si la fortune me guidait enfin sur ses traces ? Après le plus soigneux et le plus précis de mes raisonnements, je ne peux donner d'autre raison de l'assentiment que je lui accorde, je ne sens rien d'autre qu'une forte tendance à considérer fortement les objets sous le jour où ils m'apparaissent. L'expérience est un principe qui m'instruit sur les diverses conjonctions des objets dans le passé. L'habitude est un autre principe qui me détermine à attendre le même dans l'avenir ; les deux s'unissent pour agir sur l'imagination et ils me font former certaines idées d'une manière plus intense et plus vive que d'autres qui ne s'accompagnent pas des mêmes avantages. Sans cette qualité, par laquelle l'esprit avive certaines idées plus que d'autres (apparemment c'est une qualité de si faible importance et si peu fondée sur la raison), nous ne pourrions jamais donner notre assentiment à aucun argument, ni porter notre vue au-delà des quelques objets présents à nos sens. Mieux, même à ces objets, nous ne pourrions jamais attribuer d'autre existence que celle qui dépend des sens et nous devrions les comprendre entièrement dans cette succession de perceptions qui constituent notre moi ou notre personne. Mieux encore, à l'égard même de cette succession, nous ne pourrions admettre que les perceptions immédiatement présentes à notre conscience ; et les vives images, que nous offre la mémoire, ne pourraient jamais être reçues comme de véritables tableaux des perceptions passées. La mémoire, les sens et l'entendement sont donc tous fondés sur l'imagination, sur la vivacité de nos idées. » (Traité de la nature humaine) 6. « Puisque les impressions distinctives, qui nous font connaître le bien moral ou le mal moral, ne sont rien que des douleurs ou des plaisirs particuliers, il s'ensuit que, dans toutes les enquêtes au sujet de ces distinctions morales, il suffira de montrer les principes, qui nous font ressentir une satisfaction ou un malaise à la vue d'un caractère, pour nous satisfaire sur le point de savoir pourquoi ce caractère est louable ou blâmable. Une action, un sentiment, ou un caractère, est vertueux ou vicieux ; pourquoi ? parce que sa vue cause un plaisir ou un malaise d'un genre particulier. Si donc nous donnons une raison du plaisir ou du malaise, nous expliquons suffisamment le vice ou la vertu. Avoir le sens de la vertu, ce n'est rien de plus que de ressentir une satisfaction d'un genre particulier à la contemplation d'un caractère. C'est ce sentiment lui-même qui constitue notre éloge ou notre admiration. Nous n'allons pas plus loin ; nous ne recherchons pas la cause de cette satisfaction. Nous n'inférons pas qu'un caractère est vertueux de ce qu'il plaît ; mais, en sentant qu'il plaît de cette manière particulière, nous sentons effectivement qu'il est vertueux. » (Traité de la nature humaine) 7. « Supposons (car il faut tâcher de varier nos expressions) qu'une force aveugle et sans guide jetât la matière dans une certaine position ; il est évident que cette première position a dû, selon toute probabilité, être la plus irrégulière et la plus confuse qu'on puisse imaginer, sans aucune ressemblance avec les ouvrages conçus par le génie de l'homme qui, par la symétrie des parties, étalent une combinaison de moyens avec les fins et tendent à se conserver. Si la force motrice s'arrête après cette opération, il faut que la matière demeure à jamais en désordre, et reste un chaos immense, sans proportion, sans activité. Mais, supposons que la force motrice, quelle qu'elle puisse être, subsiste toujours dans la matière, cette première position fera, dans le moment, place à une autre qui, selon toute probabilité, sera aussi irrégulière que la première et ainsi en continuant à travers plusieurs successions de changements et de révolutions. Il n'est point de position, point d'ordre particulier qui subsiste un instant sans altération. La force primitive, qui reste toujours en activité, donne un mouvement particulier à la matière. Toutes les situations possibles se développent et se détruisent à l'instant. La moindre aurore ou lueur d'ordre particulier qui subsiste un moment, est l'instant d'après éteinte ou mise en confusion par cette force toujours subsistante qui meut chaque partie de la matière. » (Dialogues sur la religion naturelle) (textes 1 à 6 : traduction André Leroy ; texte 7 : traduction Eric Zernik) SUPPLEMENTS
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